source : http://histoire-education.revues.org/2252

Pascale Barthélemy, « L’enseignement dans l’Empire colonial français : une vieille histoire ? », Histoire de l’éducation, 128 | 2010, 5-28.

 

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RÉSUMÉ

Cet article introductif propose un aperçu historiographique sur l’enseignement colonial dans l’Empire français et, plus largement, sur la « mission civilisatrice » telle qu’elle fut pensée et mise en œuvre au Maghreb, en Afrique subsaharienne, en Asie, en Océanie ou aux Antilles. Des premiers grands rapports légitimant « l’œuvre scolaire » et produits à l’époque coloniale, en passant par la phase d’accumulation des années 1950-1990, jusqu’aux dernières thèses qui proposent une histoire plus sociale de l’enseignement colonial, le paysage historiographique a profondément évolué. Les travaux les plus anciens montrent l’importance des débats consacrés à la question de l’adaptation du système métropolitain à la situation coloniale. Quant aux travaux les plus récents, ils suggèrent des pistes nouvelles, sur les relations entre enseignement public et missionnaire, sur les questions linguistiques, ou sur les connexions entre situation coloniale et métropolitaine. De cet état des lieux forcément lacunaire, ressort l’impression d’un champ de recherches déjà très riche, et actuellement renouvelé.


Plan

I – Acquis et zones d’ombre d’un champ historiographique : de l’époque coloniale aux années 1990
1 – Le « moment colonial » : le temps des débats et des statistiques
2 – Des années 1960 aux années 1990 : la phase d’accumulation
II – Depuis les années 2000 : un champ historiographique en expansion
1 – L’accent mis sur les acteurs et les actrices de l’enseignement
2 – Discours et pratiques : repenser la spécificité coloniale


Introduction

Pour Albert Sarraut, comme pour la majorité de ses contemporains au moment de l’Exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931, il ne fait pas de doute que « l’œuvre scolaire » est à ranger du côté des bienfaits apportés par la métropole dans les territoires sous sa domination. Les débats récents sur le passé colonial de la France, déclenchés, entre autres, par l’article 4 de la loi du 23 février 2005 invitant à reconnaître dans les programmes scolaires « le rôle positif de la présence française outre-mer » ont fait ressurgir la question de  « la mission civilisatrice » dont l’école républicaine fut le principal fleuron. En octobre 2009, dans le magazine grand public Historia intitulé « Colonisation, pour en finir avec la repentance », l’article sur l’enseignement rédigé par Pierre Montagnon mettait l’accent sur le nombre d’écoles créées par les Français, sur des figures célèbres formées à l’école française (Léopold Sédar Senghor ou Ferhat Abbas), sur la généralisation de l’enseignement « d’un bout à l’autre de l’Empire », et sur « l’effort entrepris dans la formation des maîtres ». À l’inverse, multiples sont les témoignages, contemporains de la colonisation puis postérieurs, qui insistent à la fois sur les réalisations médiocres en matière scolaire, et sur les effets potentiellement destructeurs de la scolarisation. L’écrivain tunisien Albert Memmi fut l’un des premiers à l’exprimer à la fin des années 1950 : « Loin de préparer l’adolescent à se prendre totalement en main, l’école établit en son sein une définitive dualité ».

 

Au regard de l’importance du sujet, les travaux scientifiques traitant spécifiquement de l’enseignement colonial – missionnaire et laïque – dans l’Empire français sont encore peu nombreux. Cependant, les questions éducatives sont présentes dans les ouvrages généraux sur la colonisation comme dans les recherches consacrées aux catégories lettrées au sens large, aux intermédiaires de la colonisation, voire aux mobilisations politiques, tant les liens furent étroits entre scolarisation et contestation de la domination française.

Depuis l’accès à l’indépendance des différents territoires colonisés, les connaissances se sont accumulées, d’abord sur les politiques scolaires et les systèmes d’enseignement, puis sur les relations entre les sociétés locales et l’école coloniale, sur les enjeux sociaux, culturels et politiques liés à la scolarisation, sur le devenir des anciens élèves. Ces travaux ont cependant trouvé peu d’écho auprès des spécialistes de l’histoire de l’éducation en métropole. Et pourtant, à l’apogée de la colonisation, Albert Sarraut n’hésite pas à rappeler la simultanéité entre développement de l’école républicaine et expansion coloniale : « L’époque de Jules Ferry, le colonisateur, est aussi celle de Jules Ferry, l’apôtre de l’école laïque ». Dans ses trente-deux années d’existence, la revue Histoire de l’éducation a consacré seulement quatre articles aux questions scolaires dans les colonies, dont deux portent sur l’Empire britannique et l’un sur la formation en métropole, aucun n’étant directement consacré à l’étude d’un exemple d’enseignement sur le terrain. Ce numéro constitue donc une étape importante, qui rassemble quelques-unes des communications présentées lors du colloque international « Enseignement et colonisation dans l’Empire français, une histoire connectée ? », organisé à Lyon en septembre 2009

L’objectif était ambitieux, du fait de la diversité des situations à l’échelle d’un Empire de dix millions de kilomètres carrés à son apogée dans les années 1930 ; du fait de la durée de la présence française effective dans ces territoires, qui interdit de parler d’un système d’enseignement organisé une fois pour toutes ; du fait de la gestion différenciée du secteur éducatif en fonction du statut des divers territoires ; du fait des multiples statuts des populations à l’intérieur même de chaque territoire ; et enfin, classiquement, du fait de la difficulté à approcher les pratiques dans les classes. Ce numéro est donc loin d’être exhaustif et n’aborde que quelques-uns des aspects du sujet. Centré sur la situation de l’enseignement en Afrique (Afrique occidentale française et Madagascar), il propose également un article sur la Nouvelle-Calédonie. Mais il laisse de côté d’importants espaces colonisés (le Maghreb, l’Indochine ou les Antilles), traite peu de l’enseignement missionnaire et n’aborde pas l’enseignement pour Européens dans les colonies. Les articles rassemblés posent cependant des questions transversales, tant sur la politique scolaire coloniale que sur ses effets sur les populations locales. L’ambition est, en faisant connaître des travaux réalisés depuis le début des années 2000, d’identifier les linéaments d’un champ en expansion, qui s’intéresse davantage qu’auparavant aux acteurs et aux actrices de l’enseignement, colonisateurs comme colonisés, et de montrer aussi l’écart qui peut exister entre les sources disponibles pour écrire l’histoire de l’éducation en métropole et celles que l’on peut trouver dans les anciennes colonies. Afin de mettre en perspective ces différentes questions, cette introduction est l’occasion de revenir sur les modalités d’écriture de cette histoire de l’enseignement dans les colonies françaises.


I – Acquis et zones d’ombre d’un champ historiographique : de l’époque coloniale aux années 1990

https://journals.openedition.org/histoire-education/2252#tocto1n1


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