Raúl Porras Barrenechea. Publié dans la revue Cultura Peruana, Lima, 1946

 

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L’influence française dans la culture péruvienne revue Cultura Peruana, Lima, 1946
Raúl Porras Barrenechea était un diplomate, historien et homme politique péruvien

Lorsqu’en 1912, Francisco García Calderón publia son substantiel ouvrage, préfacé par Raymond Poincaré, Les Démocraties Latines de l’Amérique (qui n’a pas encore été traduit en espagnol), l’influence culturelle de la France au Pérou et sur tout le continent latino-américain était prédominante et quasi exclusive. Aussi bien en politique qu’en littérature et en philosophie, sans compter les frivolités de bazar et la mode, les nouvelles démocraties suivaient, éblouies, l’exemple lumineux de la France. Paris était la Mecque des écrivains sud-américains, la Cité Lumière de la Sorbonne et des musées, des cabarets et des expositions d’art, la ville de l’amour et du plaisir et aussi de la tragique absinthe « dont la dernière goutte – selon le poète péruvien mort sous les roues du Métro – est dans la Seine ». Paris projetait ses lumières de fêtes nocturnes dans les chroniques et les vers de Rubén Darío – la prose émerveillée de La Caravana pasa et de Los Raros ; dans les légères chroniques de Gómez Carrillo ou de Ventura García Calderón qui mit le « bazar des frivolités parisiennes » dans son Frivolamente, et jusque dans les vers du pâle ascète mexicain, lecteur du Kempis, si anxieux de revenir dans la ville de l’esprit, pour y retrouver sa brume légère, écouter ses lointains orchestres, et y respirer la joie de vivre avec les senteurs printanières des bois. Cette invincible angoisse de retour, cette naturalisation spirituelle du sud-américain de l’époque à Paris est stéréotypée dans le cri angoissé de Nervo :

¡Oh, si ! ¡Yo tornaré, París divino!

¿En qué nave?

¡Dios sabe!

¡Yo no sé!

Mas sé que ni la vida ni el destino

impedirlo podrán. Es un camino

fatal el que nos une. Tornaré…1

Plus tard, d’autres arrivèrent à la fête sensuelle du modernisme, comme César Vallejo, l’indien de la sierra péruvienne, naturalisé français, qui cherchait le reflet de ses pommettes saillantes dans les miroirs des cafés de Montparnasse, et qui, malgré son andinisme profond, éprouva l’angoisse fin de siècle du « déraciné »2 et pressentit que les forces lui manqueraient pour s’éloigner de ses amis les marronniers et de l’automne doré de Paris, ainsi qu’il le dit dans son vers célèbre :

Me moriré en París con aguacero… 3

Mais, au milieu de la splendeur intellectuelle et artistique de la France de l’après-guerre surgit, dans l’âme de tous les admirateurs du génie latin de la grande métropole, une sourde terreur, comme un présage des maux proches et de l’angoissante certitude que, selon les lois fatales de l’histoire, ce peuple lucide et harmonieux devrait payer douloureusement le péché de sa civilisation. « Les Barbares, France, les Barbares, chère Lutèce ! » clamait Rubén Darío, ivre des senteurs parisiennes, et les plus illustres « métèques» sudaméricains formaient la garde, attendant « l’invasion de l’Aigle qui ferait trembler la voûte de l’Arc de Triomphe ». L’Amérique latine et espagnole empreinte des idées et des normes juridiques de Rome et du catholicisme traditionnel, ressentit comme sienne la terrible menace. Francisco García Calderón analysait, comme le plus clair augure du continent, les périls que le monde latin devrait conjurer, et en signalait trois : l’allemand, le nord-américain et le japonais. Avec son habituelle tolérance, le maître péruvien ne se laissait pas emporter par les exagérations déclamatoires contre l’impérialisme yankee, au moment où triomphait le big stick, mais reconnaissant les vertus et les antécédents du grand peuple du Nord, ses courants idéalistes et puritains, les idéaux de Washington et de Lincoln, face aux possibles débordements d’un individualisme violent et de la ploutocratie triomphante de Wall Street, conseillait de conserver les traditions et l’esprit de notre culture et d’intensifier le développement des influences culturelles européennes. L’opinion de l’essayiste péruvien était que l’Amérique hispanique devait maintenir la culture catholique et latine, et défendre l’héritage de la Révolution et de la Renaissance.

Entre les deux guerres, une profonde transformation se produisit. Une intéressante enquête menée par le Service Français d’Information en Amérique du Sud et publiée à Montevideo, démontre le recul de l’influence culturelle française, autrefois prédominante. Historiens, économistes et critiques littéraires de l’Amérique Latine constatent le fait avec plus ou moins d’euphémisme. Deux écrivains, le critique argentin Jiusti et le juriste chilien Walker Linares, soulignent le changement. Jiusti déclare qu’autrefois la langue française était la seconde langue de tout Argentin cultivé mais qu’elle trouve aujourd’hui un sévère concurrent dans l’anglais. Walker Linares affirme que la tendance francisante décroît au Chili, déplacée par d’autres courants « habilement dirigés, qui laissent leur trace en Amérique Ibérique et forment des élites intellectuelles étrangères à l’esprit français ».

Au Pérou, malgré les précautionneux avertissements de Garcia Calderón, le même phénomène s’observe. A notre Université Nationale où autrefois l’influence française était primordiale, et dont la bibliothèque possède les œuvres françaises les plus estimables, le pourcentage d’élèves qui entrent ayant étudié la langue française en secondaire est de deux à trois pour cent. Un immense héritage culturel s’immobilise peu à peu et les meilleures traditions spirituelles du monde s’éloignent de nos nouvelles générations.

L’influence de la France sur la culture péruvienne a été étudiée, en pleine connaissance, par García Calderón dans ses œuvres d’interprétation sociologique et littéraire, et par Riva Agüero, dans son Carácter de la Literatura del Perú Indepediente (1906) et dans son essai postérieur Influencias imitativas en la moderna literatura peruana (1925). Au cours de l’enquête faite à Montevideo, les professeurs Luis Valcarcel et Emilio Romero, Enrique D. Tovar et R. Valcarcel répondent au sujet de l’influence française dans la culture péruvienne et soulignent l’importance du ferment de l’idéologie française de la Révolution, de l’Encyclopédie, des lois du Consulat et de l’Empire, des révolutions de 1830 et de 1848, et du comtisme philosophique. Romero signale l’influence des économistes français, principalement de Say, les noms des voyageurs Castelnau, Weddel et Marcoy, et naturellement le Contrat Dreyfus dont le nom ici et là évoque le scandale. Tovar relève les noms de Olavide, Rodriguez de Mendoza, la collaboration scientifique de quelques voyageurs, et les influences littéraires, classiques et romantiques.

 En marge de cette enquête et à titre de collaboration occasionnelle à un si grave problème, il convient de faire quelques remarques sur la première étape de cette influence jusqu’à l’avènement de la République. La communication spirituelle entre la France et l’Amérique du Sud apparaît, comme le note Valcarcel, avec l’arrivée au trône espagnol de la dynastie française des Bourbons. De cette époque date le contact direct avec la France que susciteront les hommes représentatifs de l’Illustration. Mais il n’y a aucun doute qu’avant cela, non par la voie légale et sévère des douanes, mais par celle de la contrebande, et surtout par la voie indirecte de la culture espagnole voisine, et, enfin, de la française, parvint au Pérou le rayonnement de l’esprit français. Des maîtres et éducateurs notoires de la vie juridique et spirituelle espagnole comme Francisco de Victoria, Luis Vives, Domingo de Soto et autres, étudièrent à l’Université de Paris et y rafraîchirent leur théologie scholastique en l’harmonisant avec l’esprit de la Renaissance. Leur tolérance et leur souplesse intellectuelle sont également de formation française. Une autre voie encore, celle une et universelle de l’Église Catholique, par laquelle arrivèrent au Pérou colonial, avant les philosophes et les essayistes, avant Descartes ou Montaigne, les orateurs sacrés et les moralistes, Bossuet, Bourdaloue, Fontenelle, La Bruyère et La Rochefoucauld, dont l’ascétisme moral coïncide bien avec le tempérament espagnol.

Cependant que les livres et idées ne venaient pas encore directement de France, les toutes premières nouvelles du Pérou arrivèrent à Lyon, alors grand centre culturel européen, où fut imprimé le premier ouvrage européen sur le Pérou, en une langue non espagnole. Le petit fascicule, intitulé Nouvelles certaines des îles du Pérou, édité dans la cité rhodaniemme en 1535, relate déjà l’emprisonnement de Atahualpa et les richesses du Pérou. L’énumération des trésors de l’Inca va provoquer l’éblouissement des sujets de François Ier et donnera naissance à la fameuse phrase : « Ça ne vaut pas le Pérou ! »4. Montaigne apprendra dans les pages de la chronique d’époque, de Gómara, sa vision ingénue et complaisante des Indiens d’Amérique.

L’échange direct entre les deux cultures se fait d’abord par les flibustiers et les contrebandiers, puis par les commerçants de Saint-Malo qui, au début de l’ascension au trône d’Espagne de Philippe V, amènent bateaux et marchandises françaises au Callao et, avec eux, les premiers voyageurs français porteurs de culture : l’astronome Feuillée, qui rencontrera l’humaniste péruvien Peralta, l’ingénieur Frézier, qui tracera la première description de Lima et de ses habitants avec la pénétration psychologique distinctive de sa race, et M. Bachelier, qui recueillera d’autres notes savoureuses sur l’histoire de la ville pour son livre De Marseille à Lima (1709). Avant eux avait passé par la côte du Pacifique le flibustier Raveneau de Lussan (1687). Il disait que le Pérou était l’un des pays les plus riches du monde et que l’on y faisait trois récoltes de blé par an.

Au milieu du XVIII siècle arrivèrent de nouveaux voyageurs. Le plus notable d’entre eux est le célèbre La Condamine, qui déjà arrive au nom de l’Académie des Sciences de Paris pour mesurer un arc méridien terrestre. La Condamine refait le voyage de Orellana par l’Amazone, et amène avec lui le botaniste Jussieu, le mathématicien Gaudin, qui sera notre cosmographe, Bouger et surtout les voyageurs espagnols Juan et Ulloa qui, sans doute en raison de la présence de ces représentants de l’intelligence française, écrivirent leur Relation de voyage en Amérique Méridionale et leurs Mémoires Secrètes d’Amérique, documents de grande importance, reflétant á la fois l’information minutieuse et l’esprit de liberté français. Également à cette époque apparaît l’abbé Court de la Blanchardière, singulière figure du XVIIIe siècle, que l’on voit discourir entre les « gallinazos » et les groupes de petits ânes, dans les ruelles de Lima, souriant devant le contraste de ce spectacle villageois et les diamants des bijoux des liméniennes, le luxe des calèches, des fêtes somptueuses, des comédies, des processions et des feux d’artifice.

À la même époque, on peut parler déjà de l’influence de la culture française au Pérou. Les liméniens cultivés comme Orrantia et Peralta, Bravo de Laguna, Bermúdez parlent le français. Peralta écrit des poèmes en français, traduit, en la refondant, la tragédie Rodogune de Corneille et le Catéchisme de Fleury. Doña Manuela de Orrantia, « femme savante » 5 de notre XVIIe siècle liménien, parle le français et l’italien. Alors commence le phénomène caractéristique de la transmigration vers la France : le liménien Olavide, ami de Voltaire, José Augustin Pardo Figueroa, Domingo de Orrantia et Franco Dávila vont en France se mêler aux encyclopédistes et Franco Dávila fonde un cabinet d’histoire naturelle à Paris.

L’influence des encyclopédistes n’est pas encore appréciée à sa juste valeur, non plus que celle de la Révolution Française. L’influence encyclopédiste, impulsée par le despotisme de Charles III, paraît plus développée que l’on n’avait pu le supposer ; alors que les idées de la Révolution Française et son exemple étaient très sévèrement critiqués par l’esprit espagnol, ce qui contribua à rendre son action moins directe et moins efficace.

El Mercurio Peruano, revue innovatrice publiée en 1791, est un témoignage de la libre diffusion des auteurs et des idées de l’Encyclopédie sous le règne du Vice-Roi mécène Taboada. Les membres de la Société « Amantes del País » n’adoptèrent cependant pas sans réticences les idées des Encyclopédistes. Leurs conceptions morales de racine espagnole et les principes de leur philosophie chrétienne et scholastique les préservent de cette contagion. En 1785, Rodríguez de Mendoza introduit au « Convictorio de San Carlos » l’enseignement de Descartes, la logique de Condillac et l’enthousiasme pour les sciences naturelles et l’expérimentation. Les œuvres des grands encyclopédistes et des précurseurs de la Révolution circulent librement à Lima et sont citées par les rédacteurs du Mercurio. On lit Montesquieu, Rousseau et Voltaire ; on cite d’Alembert, Le Système de la Nature de Diderot, l’œuvre de l’abbé Raynal, brûlée par le Parlement de Paris et diffamée à l’homme américain ; Helvetius, également condamné au feu ; Madame du Châtelet, amie de Voltaire ; le dictionnaire de Bayle et l’Histoire Romaine de Rollin. Le bon sens espagnol sépare l’ivraie démagogique et les diatribes contre l’éducation et la vie sociale, et choisit le bon grain de l’enseignement scientifique. Les auteurs préférés sont les moralistes du XVIIe siècle, Fontenelle, La Bruyère, La Rochefoucauld et les écrivains scientifiques ou ceux exaltant les beautés de la nature.

Ainsi s’explique que l’auteur le plus vénéré des encyclopédistes péruviens dans le Mercurio soit Buffon, et si quelques-unes de ses opinions sont discutées, ils n’en rendent pas moins hommage et respect à la vigueur de son œuvre. Ils manifestent également leur enthousiasme pour les auteurs pré-romantiques qui chantent les beautés naturelles, comme Bernardin de Saint-Pierre dans ses Études de la Nature ou Fluche dans son Spectacle de la Nature. Les auteurs « mercuriens » sont, au fond, réfractaires à la rénovation politique et philosophique qu’incarne l’Encyclopédie. Le Mercurio luimême a beau jeu pour reprocher aux auteurs de l’Encyclopédie d’avoir osé douter de l’existence des antiques chemins des Incas au Pérou ! Cette contestation doctrinaire se manifeste parfois par des séries d’épithètes. « L’éloquent et dangereux » Rousseau, se disait du Genevois ; le Traité de Fléret devint « l’infâme traité », et « abominable » celui de Helvetius sur L’Esprit. On ne parle de Voltaire que pour rappeler qu’il se confessa à ses derniers moments.

Mais, malgré tout cela, la lumière des nouvelles idées pénètre impétueusement. Les « Amantes del País » fuient les doctrines extrêmes et ne se laissent pas tromper par les sophismes et déclarations suivant lesquels « l’esprit de singularité essaie de voiler l’image sacrée du savoir ». Mais ils ont le culte de la raison, éclairée par la vérité, et un enthousiasme alimenté directement aux sources de l’Encyclopédie et déjà profondément enraciné, pour « l’Homme » et « l’Humanité », terminologie procédant alors en droite ligne de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Le Mercurio Peruano est donc informé par les doctrines des encyclopédistes, par leurs goûts naturalistes et leurs tendances scientifiques, mais, contrairement à ce qui fut affirmé, il répudie la Révolution Française. Une preuve de ce qui précède est le poème La Galiada, qui dépeint sur plusieurs pages du tome XI les horreurs tragiques de la Révolution. Les pacifiques sujets de Charles III au Pérou ne pouvaient pas, comme les radicaux de la IIIe République, accepter la révolution dans son ensemble, avec ses généreux principes humanitaires, ses revendications salvatrices d’une part, et ses horreurs, sa haine et ses débordements sanguinaires d’autre part. Ils rejetèrent la Révolution pour ce qu’elle avait de contraire à leurs convictions morales et à leur humanitarisme sincère, et s’élevèrent contre Voltaire, « Prothée de l’impiété », « Grand patriarche de la dissolution et du sacrilège ».

Le concept de la Révolution Française ne s’améliora pas durant l’époque de l’Indépendance. Le rejet de la Révolution comme mouvement démagogique et tumultueux, oublieux de ses fins de rédemption, apparaît dans tous les actes des créoles espagnols du Pérou, de 1810 à 1821, et encore durant les sessions du Congrès Constituant. Napoléon personnifie cette répulsion contre tout ce qui procède de la Révolution Française ou de France. La tendance anti-révolutionnaire est naturellement attisée par les gouvernants et les autorités espagnoles, mais elle possède aussi une forte base de sincérité dans les convictions religieuses des créoles, La Gaceta de Lima de 1811 dépeint la Révolution comme la porte de l’enfer, et qualifie Napoléon « d’avorton humain ». Les couplets, épigrammes et satires abondent contre le Corse. Son vainqueur Wellington est appelé le « défenseur du genre humain, le protecteur des nations et l’amant de la probité ». Et, avec la rancœur contre tout ce qui est français, caractéristique de l’époque, on dit à propos du général Miranda, qui avait lutté pour la Révolution Française qui, selon Sánchez Carrión, fit couler des fleuves de sang, et qui frustreraient l’esprit de la fraternité péruvienne. Le même Sánchez Carrión déclara que « la génération présente ne peut s’empêcher d’admirer la dramatique scène de France » et que les noms d’un Mirabeau, d’un Danton, d’un Sieyès, « avant tant adorés du peuple, se sont rendus exécrables dans les pages sanglantes de la Révolution Française ».

Une fois rompu le lien colonial avec l’Espagne, mais non la continuité spirituelle de la culture hispano-américaine, et établi dans les nouvelles colonies le pacte social de Rousseau, sans les tragiques convulsions sociales qui eurent lieu en France, l’esprit libéral et démocratique français modèle la vie politique et spirituelle de l’Amérique Latine. L’évolution juridique et littéraire de ces peuples est intellectuellement dominée par la France, encore que, très souvent, le message français ne parvienne que par le chemin détourné de l’Espagne. L’esprit de la France, ses livres, ses hommes et ses idées ont éduqué les peuples américains dans le culte de la liberté. Le message de la France pour les républiques hispano-américaines du XIXe siècle a, en plus de la clarté intellectuelle, la vertu maîtresse de rendre claires et accessibles toutes les idées passant par le prisme de l’intelligence française, son admirable don de synthèse, de proportion et de symétrie, essences les plus pures d’un classicisme inné, son instinct coordinateur d’universalisation de toutes les acquisitions et des plus généreuses tendances de l’homme sous tous les climats, sa tolérance qui est le plus noble signe de compréhension et de liberté, et aussi son ironie qui est la fleur de son incertitude méthodique et de son esprit, réfractaire à toute coercition et à tout fanatisme. Pour cela, il est urgent et inéluctable de sauvegarder chez nous le message français.

Notes

1 – Oh! si, je revendrai, divin Paris!

Sur quel navire ?

Dieu seul le sait !

Moi, je ne le sais pas.

Mais je sais que ni la vie ni le destin

ne pourront l’empêcher.

Un chemin fatal nous unit… Je reviendrai…

2 – En français dans le texte

3 – Je mourrai à Paris, sous l’averse…

4 – En français dans le texte.

5 – En français dans le texte.


Quand César Vallejo écrivait un billet doux en français…

César Vallejo est l’un des grands poètes appartenant au patrimoine spirituel de l’humanité. Il est né en 1862 à Santiago de Chuco, un petit village au nord de Trujillo, au Pérou. Le 13 juillet 1923, il s’installe à Paris. Trois ans plus tard, il fait la rencontre de Georgette Phillipart, sa «Petite adorée». Le poète meurt à Paris, le 15 avril 1938… Comme il l’avait pressenti dans ces vers :

«Je mourrai à Paris sous une averse, / un jour dont j’ai déjà le souvenir».

Sa tombe se trouve au cimetière de Montparnasse, division 12, 4 nord, 7 est. Celle de Samuel Beckett est juste à côté. Un jeudi de 1927, à Paris toujours, à une heure du matin, le poète péruvien écrivit dans la langue de sa muse et protectrice, Georgette Phillipart, le billet doux que voici. On le transcrit tel qu’il se trouve en copie photographié et remis par Mme Evelia C. de Guido à Ricardo Silva-Santisteban. Les fautes sont donc celles du manuscrit original publié dans le magnifique ouvrage «César Vallejo / OBRAS ESENCIALES», Ed. PUCP, Pérou, 2004, p. 642»

[Paris, 1927] ( – Jeudi – 1 heure du matin – )

Ma petite adorée,

je viens de te dire au revoir et mon coeur

bat encore de bonheur indicible. Tu m’as

fait heureux ce soir comme je ne l’[étais]

jamais. Je me sens ravi et [fou] sous

l’émotion de t’avoir tenu tout entière

dans mes bras. Tu as [étais] si [pleinne]

de [comprension] femenine! Je suis

vraiment heureux et c’est toi qui

opères ce miracle dans ma vie.

[Tu as?] partis d’un air indifiniblem[ent]

pensif, on dirait même triste. je revois tes

yaux mélancoliques en me disant «bonne nuit».

Peut être je [biffé par G. de V.]. Peut-être je t’ai

[froisé] avec un mot ou avec une [atitude]

maladroite mais toujours ne pas voulue.

C’est parce que je t’ai demandé [biffé par G. de V.].

En pensant à ta tristesse du dernier moment,

[je soufre beaucoups].

Nous parlerons demain. Bonsoir et [tous] mes carèsses.»

.

.

.

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