source : http://institut-est-ouest.ens-lyon.fr


Tatiana LIGOUNE, Directeur adjoint de la société Ergaton.

Cet article a été traduit en français par Sylvie Martin. Retrouvez le texte de Tatiana LIGOUNE en langue russe : « Влияние французской литературы на научную мысль России»

 


TEXTE INTÉGRAL

Nombre de spécialistes reconnaissent l’influence exercée par la culture française sur la Russie. Ce phénomène a entraîné des changements divers dans les domaines de l’instruction, de l’art, de la littérature, de la langue et du mode de vie. L’histoire et la culture nous enseignent qu’un peuple qui est à la fois ouvert à l’expérience d’autrui et prêt à partager ses propres valeurs avec ses voisins, éloignés ou proches, dispose de plus d’atouts pour s’adapter et survivre. C’est ainsi qu’une culture s’approprie le meilleur pour s’enrichir et accéder à l’universel. Un exemple probant en est donné par l’interaction féconde entre les cultures française et russe.

L’apparition de cette interaction, à l’époque de Pierre le Grand, est due à la situation économique et sociale de la Russie ; le pays a alors besoin de réformes dans les domaines les plus variés. Les savoirs et l’expérience que la France détenait étaient indispensables pour conduire ces mutations. Si la culture française n’avait pas été ce qu’elle était, il y a fort à parier que Pierre Ier n’y aurait guère prêté attention. Seule une approche utilitariste le guidait ; il s’intéressait à tout ce qui pouvait être utilisé pour œuvrer au développement de la Russie, au mépris des différends diplomatiques. Il fut impossible de mettre fin à cette acculturation de la société russe, en dépit de l’interruption que constitua le règne de l’impératrice Anne où l’on préféra la culture allemande. L’irréversibilité de ce processus est liée avant tout à la propagation de la culture française et des idées des penseurs des lumières du XVIIIe siècle français dans l’ensemble de l’Europe. La Russie, qui faisait alors son entrée dans l’espace culturel et politique européen, ne pouvait rester à l’écart de ces phénomènes. C’est particulièrement vrai dans le domaine du livre.

Fait à la fois d’une dimension spirituelle et de branches matérielles de production, le domaine du livre est potentiellement l’un des outils les plus souples et les plus efficaces au service du développement des relations internationales. La mise en œuvre cohérente et persévérante d’une stratégie réfléchie de coopération internationale dans le domaine du livre a permis à la Russie de s’affirmer comme grande puissance, en tant que formation étatique et nationale accomplie, dotée d’une politique stable, d’une économie dynamique et d’un haut degré de culture.

La seconde moitié du xviiie siècle voit arriver en Russie un grand nombre d’ouvrages d’auteurs français ; on les lit aussi bien dans leur version originale qu’en traduction. Selon S. M. Soloviev, ce qui attirait les lecteurs dans les livres français était leur large éventail d’idées, ainsi qu’une pensée à la fois alerte et aiguisée, qui bousculait les conceptions morales et religieuses établies.

L’influence de la littérature et de la poésie françaises entraîna de grands changements dans la littérature russe et dans la langue russe ; cette dernière, en effet, en raison de la forme archaïque du slavon d’église, était peu propre à la littérature et à la poésie. Un emprunt caractéristique de la poésie russe à la poésie française fut l’ode, genre bien plus répandu en Russie qu’en France même.

L’influence française toucha également le système russe des établissements de formation professionnelle. On en veut pour exemple la création en 1759 du Corps des pages. En septembre 1759, le baron français Théodore-Henri de Tschoudy en prit la direction ; il composa le corps des enseignants, élabora le plan d’études, la méthode et les contenus des enseignements et de l’éducation qui servirent ensuite de cadre à cet établissement durant de nombreuses années.

Au même moment, on traduisit du français et l’on publia en Russie 26 ouvrages consacrés à la marine et à la guerre. On peut les classer par thèmes : huit traitaient de l’art de la guerre en général, deux de l’armée de terre, un de l’artillerie, deux du génie, deux de la cavalerie, trois étaient des biographies et huit concernaient la marine.

Deux des ouvrages traitant de l’art de la guerre méritent particulièrement l’attention. Il s’agit des livres de Lancelot Turpin de Crissé (1716-1793) Essai sur l’art de la guerre et Commentaires sur les Mémoires de Montecuculi. En 1759 est publié, dans une traduction d’Ivan Chichkine, l’ouvrage de Delafé Stratagèmes et ruses de guerre tirés des historiens grecs, latins et français, anciens et modernes. L’original avait été édité à Paris en 1694. La traduction de Chichkine reçut l’agrément de Lomonossov pour être éditée aux frais de l’Académie des sciences.

On édita également le livre de Nicolas-Charles Romme, professeur de navigation à l’École des gardes de la Marine et correspondant de l’Académie des sciences de Paris, L’Art de la marine ou Principes et préceptes généraux de l’art de construire, d’armer, de manœuvrer et de conduire des vaisseaux. Le capitaine de la Flotte Alexandre Chichkov, qui en fit la traduction, y ajouta une longue dédicace et un « Avant-propos du traducteur ».

L’ouvrage de Nicolas-Pierre Ozanne intitulé Marine militaire ou Recueil des différens [sic] vaisseaux qui servent à la guerre suivis des Manœuvres qui ont le plus de rapport au combat ainsi qu’à l’attaque et à la défense des ports avait un caractère didactique. L’ouvrage est composé de gravures représentant les vaisseaux et comporte un court texte explicatif.

On connaît l’importance des grandes figures des Lumières du xviiie siècle français pour le développement de la conscience sociale en Russie. Leurs œuvres ont exercé sur les esprits une influence durable qui a marqué plusieurs générations. « Les noms des grands publicistes français étaient aussi populaires en Russie que dans leur pays », écrit le décembriste Nicolas Tourguenev. Selon ses propres termes, les penseurs français des Lumières « avaient en quelque sorte entrepris de faire l’éducation politique du continent européen ».

La Russie a nourri un grand intérêt pour les idées de la philosophie des Lumières de l’Europe occidentale. Les théories du contrat social, du droit naturel, de l’égalité de tous devant la loi, de la souveraineté du peuple, la confiance en la force de l’opinion publique et la certitude que tout homme a droit à la liberté ont irrigué la conscience sociale russe.

Les années 1760 voient la création de la « Société, chargée de traduire les livres étrangers ». Cent vingt titres sont édités entre 1768 et 1783. La familiarisation du lecteur russe avec les idées des penseurs français des Lumières est à porter au crédit de cette institution.

La seconde moitié du xviiie siècle est caractérisée par un goût croissant pour tout ce qui est français, notamment les livres. Quelque 1 400 ouvrages traduits du français sont publiés en Russie entre 1750 et 1800. Les livres français représentent un sixième de toutes les éditions parues entre 1725 et 1800.

L’assouplissement de la censure qui marqua les premières années du règne d’Alexandre Ier favorisa la diffusion des ouvrages des penseurs des Lumières en Russie au début du xixe siècle. On édita alors des traductions des œuvres de Rousseau, Montesquieu, Voltaire. On pouvait aussi se procurer les textes originaux qui parvenaient en Russie par divers canaux.

On comprend les raisons de l’influence française qui caractérise le livre russe du xixe siècle : à la fin du xviiie siècle, la Russie est entraînée dans l’orbite de Paris, arbitre des modes et du bon goût. En même temps que les textes, arrivent en Russie les libraires français, comme par exemple Auguste Simon, les typographes, les relieurs : ils font concurrence aux Allemands qu’ils surpassent par la finesse de leur travaux. C’est ainsi que la lithographie, venue de Munich, est arrivée en Russie en passant par la France.

Au tournant du xviiie et du xixe siècle, la « gallomanie » est contagieuse, et la noblesse russe de la première moitié du xixe siècle est encore sous le charme de la littérature française. C’est ainsi que Philippe Philippovitch Viguel, homme public connu, dira :

La littérature française devint une mode en Russie en même temps que les préjugés de Versailles ; la haute société en connaissait les classiques par cœur, le siècle de Louis XIV supplanta ceux d’Auguste et de Périclès : les dames de l’aristocratie s’extasiaient à la lecture de Jean-Baptiste Massillon et de Louis Bourdalou.

Fénelon, qui fut six ans précepteur du dauphin, le duc de Bourgogne, petit-fils du roi Louis XIV, était assez connu en Russie au xviiie siècle. Son œuvre la plus populaire était Les Aventures de Télémaque, écrite pour son illustre élève, et publiée à Paris en 1699. Ce roman est un modèle du roman politique du xviiie siècle. La première traduction russe parut en 1747 « sur ordre spécial de l’impératrice » Élizabeth. On réédita quatre fois cette traduction en Russie au xviiie siècle.

En 1773 parut la première traduction russe des ouvrages de l’abbé Mably (1709-1785), penseur politique français, publiciste et idéologue du socialisme utopique. Cette traduction est due à la plume du jeune Alexandre Radichtchev, qui ajouta à l’ouvrage un appareil de notes. L’une d’elles commence ainsi : « L’autocratie est l’état le plus opposé à la nature de l’homme. » L’ouvrage fut édité à 650 exemplaires avec le concours de la Société d’imprimerie de Nikolaï Novikov.

Les Entretiens sur la pluralité des mondes de Bernard de Fontenelle, publiés à Paris en 1686, connurent un grand succès en France. Rédigé sous forme de dialogues, à la fois léger et élégant, l’ouvrage donne des informations essentielles sur la création du monde. Les Entretiens sur la pluralité des mondes vulgarisent les théories de l’univers de Nicolas Copernic et de René Descartes. C’est le célèbre écrivain russe du xviiie siècle Antioche Dmitrievitch Kantemir qui en fit une traduction russe enrichie de commentaires. La bibliothèque scientifique de l’université d’État de Saint-Pétersbourg conserve la deuxième édition de son livre, parue en 1761 à l’initiative de Mikhail Lomonossov.

Censuré en France, le roman de Jean-François Marmontel Bélisaire eut un grand succès en Russie ; l’auteur y défend la tolérance religieuse. Dans sa période d’engouement pour l’enseignement, Catherine II encouragea la traduction de ce roman dont elle traduisit elle même le chapitre x. L’ouvrage fut réédité quatre fois en Russie.

L’abbé Prévost est l’un des plus grands romanciers du xviiie siècle. La plupart de ses œuvres majeures ont été publiées en Russie durant la seconde moitié du siècle. On lui doit des romans en plusieurs tomes, pleins d’aventures diverses, de meurtres et de forfaits. Les années 1756-1765 voient la publication des six premiers livres des Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde. Les sept tomes de cet ouvrage sortent dans la décennie 1780-1790.

La Révolution française accroît encore l’intérêt du lecteur russe pour le livre français, puisqu’il peut y trouver des réponses aux nombreux problèmes de la société russe de son temps.

Deux tendances essentielles de la littérature française étaient particulièrement populaires dans les milieux aristocratiques de la seconde moitié du xviiie siècle et au début du xixe siècle. Il s’agit tout d’abord des genres faciles à lire que sont les romans, les fables, les tragédies et les comédies des auteurs français des xviie et xviiie siècles, tels que Racine, Molière, Boileau, Corneille, les fabulistes Jean de La Fontaine et Jean-Pierre Claris de Florian, Desmoutiers, les poètes comme François Joachim de Pierre de Bernis, Gentil-Bernard, l’écrivain Bernardin de Saint-Pierre et les poètes Jacques Delille et Stanislas Jean de Boufflers.

On trouve ensuite, dans un registre plus sérieux, Denis Diderot, directeur de l’Encyclopédie bien connue en Russie, Voltaire et ses célèbres Lettres philosophiques et Contes philosophiques, ainsi que les textes politiques de Gabriel Bonnot de Mably. Jean-Jacques Rousseau et Guillaume-Thomas Raynal étaient eux aussi très populaires. Par ailleurs, les nobles russes lisaient avec délice les mémorialistes français, les ouvrages à caractère économique, social ou historique ; ils recevaient grâce aux périodiques des nouvelles « fraîches » sur les événements et les changements culturels, sociaux et politiques survenus dans les pays d’Europe occidentale.

Dans le même temps, la France fait connaissance avec la Russie ; à la faveur du rapprochement culturel du xviiie siècle, les Français se défont de l’idée selon laquelle la Russie est un pays encore à l’écart de la civilisation. Au sein de la société française, on s’intéresse à la Russie. On ne veut pour preuve que la considération des académiciens français pour la cartographie de la mer Caspienne, l’expédition de Daniel Gottlieb Messerschmidt, les travaux de certains scientifiques russes. Le poète Thomas écrit des vers dithyrambiques sur le « Grand Réformateur », et Voltaire lui-même rédige une Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le Grand dans laquelle il chante les louanges du « monarque éclairé » et qualifie son règne d’étonnant.

Les collections de la bibliothèque scientifique de l’université d’État de Saint-Pétersbourg, constituées au long de plusieurs siècles, renferment de nombreuses éditions des auteurs français du xviiie siècle. On y trouve, par exemple, beaucoup d’exemplaires des œuvres de Voltaire ; ce sont aussi bien des œuvres complètes parues au xixe siècle que des volumes isolés appartenant à des éditions françaises du xviiie siècle. Deux petits volumes constituent le joyau de ces collections : il s’agit d’une édition de La Henriade, parue à Paris du vivant de l’auteur (1765), dans une reliure pleine peau, avec des tranches marbrées. Le premier tome comporte une magnifique page de garde ornée d’une gravure, avec des vignettes dans le texte. La diffusion des œuvres de Voltaire en Russie au xviiie siècle doit beaucoup à l’éditeur Ivan Guerassimovitch Rakhmaninov (années 1750-1807), admirateur passionné du grand penseur français, qui traduisit et publia ses œuvres.

Il faut également citer parmi les traductions et éditions russes d’ouvrages français conservés à la bibliothèque scientifique de l’université d’État de Saint-Pétersbourg :

  • L’Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu’à la bataille d’Actium c’est-à-dire jusqu’à la fin de la République de Charles Rollin. C’est une magnifique édition avec reliure spécifique pleine peau marron d’époque. Le dos porte un décor doré par estampage : des vignettes en forme de fleurs et collage du titre de l’ouvrage.
  • André-Guillaume Contant d’Orville, La Belle Russe. Vignettes gravées, demi-reliure spécifique d’époque. La couverture est recouverte de papier marbré. Le dos est en peau marron. Dessus, décor doré en estampage : motif d’ornement floral, deux collages de cuir vert avec le titre du livre. Les gardes sont en papier marbré. La tranche est teintée de rouge. Le dos et les pages ont été restaurés. C’est un roman tiré de l’histoire russe qui traite de l’époque de Mazeppa. L’édition date du vivant de l’auteur.

Il faut également signaler une traduction russe de l’ouvrage d’Achille Richard, médecin et botaniste français, professeur d’histoire naturelle à l’École de médecine de Paris, Précis de botanique et de physiologie végétale.

L’intérêt de l’aristocratie russe pour le théâtre français est confirmé par l’édition du Tartuffe ou l’Imposteur de Jean-Baptiste Molière.

À la même période, on voit paraître en France des descriptions de la Russie, rédigées par des voyageurs français, des vies de Pierre Ier, de Catherine II, des livres consacrés à l’histoire de la Russie. La littérature russe du XIXe siècle, part importante de la littérature mondiale, ne pouvait pas ne pas intéresser le lecteur français cultivé. Prosper Mérimée traduisit La Dame de pique de Pouchkine, mais c’est Ivan Tourgueniev qui fut le premier écrivain russe véritablement populaire en France. Il vécut des années en France et contribua à faire connaître au lecteur occidental les œuvres d’Alexandre Pouchkine, Fedor Dostoïevski, Léon Tolstoï. Par ailleurs, il fit beaucoup pour la diffusion en Russie des classiques de la littérature française comme Gustave Flaubert, Émile Zola ou Guy de Maupassant. Ivan Tourgueniev a souligné dans ses travaux l’importance des échanges entre la France et la Russie :

Il y a deux cents ans, sans vous connaître encore, nous allions déjà vers vous ; il y a un siècle, nous étions vos élèves et vous nous recevez aujourd’hui comme vos amis […].

Il paraît chaque année en France quelque 40 000 nouveaux titres. Quelle place y tient le livre russe ? Les liens tissés entre la Russie et la France dans les domaines du livre et de la littérature ont déjà plusieurs siècles. De nos jours, les spécialistes et les amateurs de littérature russe en France peuvent, grâce aux fonds des éditeurs et à un système souple de distribution du livre, se composer une bibliothèque assez complète d’ouvrages russes traduits en français, en littérature, histoire, philosophie, économie, etc. Des éditeurs comme Gallimard, Actes Sud, Flammarion, Fayard, Verdier, Seuil, ont des livres d’auteurs russes dans leur catalogue. Plus de 70 % de ces références sont des textes littéraires. On privilégie les œuvres en prose des auteurs contemporains. Les articles et l’histoire représentent environ 10 % des livres (21 titres), les livres d’art 8 % (17 titres) ; la littérature pour enfants est pratiquement absente. L’auteur russe le plus édité en France est Fedor Dostoïevski (15 livres en deux ans), suivi par Vladimir Nabokov (10 livres), Anton Tchekhov (9 livres) et Mikhaïl Boulgakov (8 livres). Il s’agit le plus souvent de rééditions ou d’éditions en format de poche.

 

Nous ne pouvons prévoir l’avenir, mais une chose est sûre : malgré le développement de tous les médias contemporains, le livre gardera sa place, voire la renforcera. Il évoluera lui-même sous l’influence des mass media. Le développement de tous les moyens de fabrication et de diffusion du livre ira vers une unification des formes et des techniques, dans le sens de l’accessibilité et de l’utilité pour chaque individu. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui encore, la collaboration internationale des chercheurs est un facteur fondamental qui garantit le développement rapide de la science. Cette collaboration a été rendue possible grâce à l’amélioration du bien-être matériel et au développement des moyens de communication entre les différents pays ; mais ce qui l’a surtout permise, c’est l’invention de l’imprimerie au xve siècle. Tous les chercheurs savent parfaitement qu’aujourd’hui encore on ne peut ni diffuser, ni conserver l’expérience et les résultats scientifiques sans le livre ; or, sans cela, la science ne peut se développer comme elle le doit.

(Traduit par Sylvie Martin.)

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