DE L'INFLUENCE DE LA FRANCE SUR LA CIVILISATION EUROPEENNE
De l’influence de la France sur la civilisation européenne. Discours prononcé le 8 janvier 1839 à la Faculté des Lettres de Montpellier, pour l’ouverture du cours d’histoire (1839)

 

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Germain, Alexandre (1809-1887). Professeur d’histoire à la Faculté des lettres de Montpellier (1838-1881), doyen de 1861 à 1881. – Membre libre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (élu en 1876 ; correspondant dès 1860). – Ancien élève de l’École normale supérieure ; docteur ès lettres (1840). – Officier de la Légion d’honneur.

 


EXTRAITS


P.14

« A peine le réveil de l’an 1000 a eu lieu, et l’humanité, qui avait cru un instant qu’elle allait finir, dépouillant les haillons d’une feinte vieillesse, se remit à vivre d’une vie nouvelle, et la Trêve de Dieu ouvrit une ère plus brillante de progrès. La France devait, comme toujours, entrer la première dans cette voie. Préludant à une renaissance universelle, elle place sur le trône pontifical un de ses enfants, un grand pape, le plus savant homme de son époque. Gerbert donne des rois à la Pologne et à la Hongrie ; le premier, il fait un appel aux princes pour les exciter à délivrer l’Orient chrétien. La charité reparaît avec la science, et semble vouloir reconstituer le monde. Grégoire VII, le plus formidable instrument que Dieu ait jamais choisi pour briser les rois au jour de sa colère, surgit avec son génie dominateur, et de sa voix réformatrice soulève les peuples contre les abus du despotisme féodal. Et la France qui l’a compris, parce qu’il lui parlait son langage, fait retentir partout le cri de liberté. Et voilà que les communes s’affranchissent du joug des seigneurs, et qu’un indicible mouvement transporte les esprits, depuis l’humble chaumière de la plaine jusqu’au superbe donjon de la montagne. Saisissant la croix d’une main, et de l’autre l’épée des belliqueux Normands, la France donne des rois à l’Angleterre, à l’Italie, au Portugal, à Jérusalem et à Constantinople. Ce n’est pas assez: elle impose au monde l’autorité de saint Bernard et la justice de saint Louis. Entraînée, par un irrésistible besoin d’expansion, elle tente à la fois la croisade à l’Orient et au Midi, et lutte avec uu égal héroïsme sur deux champs de bataille. Partout elle plante son drapeau, partout elle propage son influence, c’est-à-dire la civilisation, dont elle peut être regardée comme l’apôtre. Pourquoi cet ascendant, Messieurs? Pourquoi cette mission? C’est que la France, avec la vigueur de la jeunesse, a su en acquérir la liberté; c’est qu’elle a reçu de la Providence un caractère et un rôle d’initiation ; c’est que, de bonne heure , elle s’est créé un peuple, et que ce peuple a été le peuple chéri et choisi de Dieu. Voilà pourquoi la France a marché la première dans la voie du progrès social. On trouverait à peine une époque où elle n’ait pas été à la tête des nations; même dans ses mauvais jours, elle n’a jamais abdiqué la supériorité de son génie. »


P.18

« Oui, je le répète, la France a été sans cesse investie d’une mission civilisatrice, Elle a opéré de grandes choses, parce qu’elle a eu de grandes idées. Son rôle a toujours été un rôle de gloire et de liberté. , Que vous la preniez sous Charlemagne, ressuscitant l’empire et constituant l’Allemagne ; sous les Arabes, s’appropriant la civilisation et les arts de l’Orient; sous Grégoire VII, contribuant par son ardente milice de Cluni à l’établissement de la monarchie pontificale; sous Philippe Ier, donnant des souverains à l’Angleterre, à l’Italie, à la Sicile et à Jérusalem; sous saint Bernard et saint Louis, intervenant comme médiatrice entre les états européens; sous Philippe le-Bel, jetant les fondements du pouvoir administratif; sous Jean II, essayant en 1357 la révolution de 1789; sous Charles V et Jeanne d’Arc, s’affranchissant de la domination anglaise ; sous Charles VIII, entreprenant la conquête italienne; sous François Ier, réprimant l’orgueil espagnol : la France semble présider à tous les mouvements et occuper partout la première place. Quand elle ne crée pas, elle reçoit et perfectionne. En contact avec les nations voisines, dont elle peut être regardée comme le centre, elle a entretenu avec elles un échange perpétuel, un commerce non interrompu d’idées et de principes. Elle a formé la scolastique; elle a ouvert un asile à la renaissance; elle n’est pas restée inaccessible à la réformation. C’est en s’identifiant avec l’Europe et en lui imposant son esprit, qu’elle a pu, renouvelant au xviii è siècle ce qu’elle avait fait sous les premiers Capétiens, voir des princes français s’asseoir sur les principaux trônes: merveilleuse conquête qui témoigne de l’universalité de notre caractère et de son immense sympathie !

Ainsi, soit que nous mettions la France en rapport avec les états voisins, soit que nous la considérions en elle-même, nous retrouvons partout la loi du progrès. Cette loi domine notre histoire, elle en est comme le lien nécessaire »

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