source : http://www.lefigaro.fr/


Par  Véronique Prat
Publié le 29/06/2012 à 14:13


À une heure du centre de Londres, cet impressionnant édifice est le seul des «châteaux Rothschild» à avoir conservé intactes ses époustouflantes collections. Visite privée.
Waddesdon: The Baron's Room. Cylinder-top  desk owned by Beaumarchais.
WADDESDON MANOR, Near AYLESBURY, BUCKINGHAMSHIRE, ENGLAND- MAY 18: Waddesdon ,the Rothschild collection.

«Je souhaite que le bâtiment ressemble à un château Renaissance. Mais à l’intérieur, je ne veux que du mobilier XVIIIe, le tout bien français», avait averti le baron Ferdinand de Rothschild en 1870, quand il prit la décision de se faire bâtir un château dans la paisible campagne anglaise. Avec son mélange de coupoles, de petites tours et de toits à pignons, Waddesdon Manor a effectivement un petit air français mais pas «du temps des Louis» comme le voulait le baron Ferdinand: plutôt dans le style fin de siècle dont Charles Garnier et Viollet-le-Duc s’étaient faits les hérauts. Le château est à 45 miles au nord de Londres, dans le Buckinghamshire, où la famille Rothschild possédait déjà, à la fin du XIXe siècle, sept demeures et 12.000 hectares de bonne terre. Dès que l’on pénètre sur le domaine, en parcourant le parc ou en faisant le tour du château lui-même, on est frappé par son caractère imposant: la maison est si vaste que, d’une aile à l’autre, elle a la taille de Trafalgar Square. Plus de 100 pièces. Autour, 3.000 hectares. De toutes les demeures construites par les Rothschild en Europe (près de 65), celle-ci est à coup sûr la plus admirable. Le baron Ferdinand s’était adressé à l’architecte Gabriel-Hippolyte Destailleur, dont le père avait travaillé pour le duc d’Orléans et le duc de Noailles. Destailleur élabora un projet d’une telle ampleur que le baron Ferdinand, affolé, lui demanda d’en revoir les dimensions. «Vous regretterez votre décision, lui dit alors l’architecte. On construit toujours trop petit.» Effectivement, quelques années plus tard, le baron fit ajouter une première aile, et bientôt, une seconde.

The Red Drawing Room in Waddesdon Manor, Buckinghamshire
WADDESDON MANOR, Near AYLESBURY, BUCKINGHAMSHIRE, ENGLAND- MAY 18: Waddesdon ,the Rothschild collection.

La salon Rouge est un spectaculaire rassemblement de chefs-d’œuvre. Au mur, à gauche, le Portrait du prince de Galles (futur George IV) par Gainsborough. Les deux commodes sont de l’ébéniste Riesener. Tous les vases sont en porcelaine de Sèvres. Le tapis a été tissé dans les ateliers de la Savonnerie pour Louis XIV. Il fait partie d’une série de 93 pièces destinées à la Grande Galerie du Louvre mais qui ne furent jamais mises en place, le roi ayant abandonné le Louvre pour Versailles.

L’intérieur de Waddesdon fut somptueusement décoré dans le goût français du XVIIIe siècle. Les pièces furent ornées de lambris achetés à Paris dans les années 1860, quand tant de demeures et d’hôtels particuliers furent démantelés pour les travaux d’urbanisme de la ville. Ce sont donc bien des originaux qui traversèrent la Manche, venant de l’hôtel du maréchal de Richelieu, de l’hôtel de Lauzun, de la résidence du femier général Beaujon. Ces salons furent un cadre idéal pour les somptueuses collections du baron Ferdinand. Alors que la plupart des grandes demeures, à commencer par Versailles, ont été vidées du mobilier qui avait fait naguère leur splendeur, à Waddesdon, au contraire, le décor d’origine est intact avec des tapis de la Savonnerie, de la porcelaine de Sèvres, des marbres et des terres cuites de Falconet et de Clodion, de l’orfèvrerie de Robert-Joseph Auguste et des bureaux, des tables, des secrétaires faits pour la Couronne et qui meublaient autrefois Versailles et Marly. Aux murs, des chefs-d’oeuvre des écoles flamandes, hollandaises et anglaises.

Pour les amis du baron Ferdinand, être invité à Waddesdon était un privilège, et la reine Victoria elle-même, bien qu’âgée et observant un deuil sans faille depuis la mort du prince Albert, demanda en 1890 à visiter le château. «Que la souveraine, retirée des mondanités depuis trente ans, ait jugé ma demeure digne de la recevoir est pour moi un immense honneur», écrivit le baron dans son journal. Il aimait raconter qu’elle avait été émerveillée de voir l’électricité dans toutes les pièces et qu’elle avait envoyé sa dame de compagnie demander au chef la recette de la délicieuse gelée de cassis que l’on servait à Waddesdon. L’hospitalité de Ferdinand était légendaire et la gentry londonienne répétait avec un sourire narquois que, si vous demandiez du thé au lait au petit déjeuner, on vous faisait choisir entre vaches de Jersey ou vaches d’Hereford. Mais le plaisir de dîner dans de la porcelaine de Sèvres l’emportait sur toute autre considération et le shah de Perse, Henry James, Guy de Maupassant, lady Randolph Churchill et le futur Edouard VII (bien qu’il se fût cassé la jambe dans l’escalier en spirale du château) furent toujours ravis de leur séjour à Waddesdon.

Waddesdon:
WADDESDON MANOR, Near AYLESBURY, BUCKINGHAMSHIRE, ENGLAND- MAY 18: Waddesdon ,the Rothschild collection.

Le baron Ferdinand était né en 1839. Il était le petit-fils du fondateur de la branche autrichienne de la famille. L’ancêtre était Mayer Amschel Rothschild qui, au milieu du XVIIIe siècle, habitait avec sa famille dans le ghetto de Francfort-sur-le-Main. On ne lui accordait pas le droit d’exercer un métier noble, de vendre des étoffes, ou même de devenir forgeron ou menuisier. Alors, comme beaucoup d’autres juifs, il spéculait, vivait du commerce de l’argent, acceptait de parcourir les routes d’Allemagne dans une mauvaise voiture pour recouvrer les intérêts dus à son protecteur, le margrave de Hesse. Mayer était épaulé par ses cinq fils, qu’il envoya s’établir chacun dans une grande capitale d’Europe, organisant ainsi de solides réseaux d’information au sein de la famille: James s’installa à Paris, Carl à Naples, Salomon à Vienne, Nathan à Londres et Amschel à Francfort. Bientôt, les Rothschild père et fils allaient développer un système de courrier privé, plus rapide que celui des Etats eux-mêmes, qui leur permit d’échanger des nouvelles en devançant les gouvernements et les ambassadeurs. Pratiqué ainsi à l’échelle européenne, l’acheminement des capitaux et des marchandises devint vite un commerce lucratif. Les Rothschild de la deuxième génération étaient déjà des hommes fort riches. C’est un lointain neveu du baron Ferdinand, sir Jacob, l’actuel lord Rothschild, qui est désormais propriétaire de Waddesdon. Tout de suite, son désir a été de rendre à la propriété son lustre d’origine: des parterres de fleurs rares et des volières peuplées d’oiseaux exotiques aux époustouflantes collections qui garnissent les pièces à profusion, tout a été restauré. Une tâche herculéenne, menée avec l’aide du National Trust. On s’est d’abord attaqué aux travaux «invisibles», comme ces 20 kilomètres de câbles électriques qu’il a fallu remplacer, ces 8 kilomètres de tuyauterie de cuivre que l’on a dû changer. Soixante-dix paires de rideaux et plus d’une vingtaine de tapis ont été confiés à un atelier de restauration de textiles installé à demeure, des mètres carrés de boiseries ont été traités et nettoyés, les collections de tableaux ont été passées au crible. Pendant plus de trois années, le domaine a ainsi été livré à une armée d’artisans, de peintres, de menuisiers, de plombiers.

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