via Quand Napoléon III se mêlait d’Italie – Le Point


Le musée de l’Armée revient sur le rôle déterminant – mais ambigu – joué par l’empereur dans la construction de l’unité italienne.

Par Marion Cocquet. Modifié le 28/10/2011 à 15:56 – Publié le 28/10/2011 à 13:24 | Le Point.fr

Quand Napoléon III se mêlait d'Italie Le Point
« L’Embarquement à Gênes du général Giuseppe Garibaldi pour la Sicile », par Gerolamo Induno. © Milan, Museo del Risorgimento

Le jeune homme du tableau porte jusqu’à la caricature les traits des Bonaparte : un nez fin et droit, une bouche petite et presque féminine, les yeux clairs, une allure de militaire sanglé dans ses rêveries romantiques comme dans un dolman. Le prince Napoléon-Louis, dont le portrait ouvre l’exposition « Napoléon III et l’Italie », au musée de l’Armée, est tout juste adulte lorsqu’il s’engage auprès des carbonari avec son frère cadet Louis-Napoléon.

Les deux garçons ont grandi dans le culte de Napoléon Ier, leur oncle, et dans l’enthousiasme des milieux nationalistes italiens. En 1831, l’aîné succombe à une épidémie de rougeole au terme d’une insurrection ratée contre les pouvoirs temporels du pape. Louis-Napoléon, le futur Napoléon III, a participé au mouvement à ses côtés, et en sort durablement affecté. Cela ne l’empêchera cependant pas d’ordonner en 1849, depuis la France où il est parvenu à s’imposer, le siège de la Ville éternelle… pour en chasser les républicains et y restaurer l’autorité du souverain pontife.


Paradoxes

L’ambiguïté, déjà. De celles qui ne cesseront de perturber les rapports de Paris aux artisans de l’unité italienne. Celle-ci fête cette année ses 150 ans, et le musée de l’Armée revient sur l’intrication des histoires française et italienne à cette période – avec leurs arrière-goûts de paradoxe. Comme le siège de Rome de 1949, illustré notamment par l’immense plan-relief alors conçu pour diriger les opérations, et durant lequel des soldats français font face à leurs compatriotes, engagés volontaires auprès des républicains romains.

Paradoxe encore que la décision de Napoléon III de se retirer de la campagne d’Italie en 1859 : alors que Venise semble près de tomber après les victoires de Solferino et de Magenta, il signe avec les Autrichiens l’armistice de Villafranca – vécue par les Piémontais comme une suprême trahison. L’année suivante, le grand Garibaldi, barbe au vent, regard noir, entreprend avec ses « Chemises rouges », « l’expédition des Mille », chargée d’amener le royaume des Deux-Siciles dans le giron du Piémont-Sardaigne – la France envoie une flotte à Gaète en signe de (molle) protestation. L’année suivante, Victor-Emmanuel II devient roi d’Italie. Mais il lui faudra attendre la chute du Second Empire, en 1870, pour que les Français quittent Rome et qu’elle devienne capitale.

Ce remarquable récit d’une unification heurtée est aussi celui d’un tournant dans l’histoire de la guerre. Grâce aux prêts de la fondation Alinari pour l’histoire de la photographie, l’exposition rend compte, en effet, du rôle majeur que la photographie acquiert à l’époque. Photoreportage lors du siège de Rome en 1849 (le premier du genre), troupes et champs de bataille par Gustave le Gray en 1859, soutien de Maxime Du Camp à Garibaldi : de part et d’autres des Alpes, les photographes entrent au côté des diplomates, des généraux et des souverains dans la galerie des influents de l’époque. L’Europe et ses conflits auront désormais un visage nouveau.

« Napoléon III et l’Italie, Naissance d’une nation, 1848-1870 », au musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, jusqu’au 15 janvier 2012.


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