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Les missions chrétiennes et leur rôle civilisateur
Gaston Bonnet-Maury

Revue des Deux Mondes tome 20, 1904


I. L’ŒUVRE SCIENTIFIQUE DES MISSIONS


TEXTE INTÉGRAL

On a beaucoup médit des missions et des missionnaires depuis la guerre de Chine et cela dans les camps les plus opposés. C’est ainsi que dans certains milieux politiques anti-religieux, on les a rendus responsables des conflits survenus entre les chrétiens indigènes et les autorités chinoises, qui ont provoqué les massacres et amené l’intervention des puissances de l’Europe et des États-Unis. Aussi déclare-t-on bien haut qu’il faut désormais refuser tout appui aux missionnaires et s’efforce-t-on de rompre le pacte séculaire, conclu entre le gouvernement français et le Saint-Siège, en vertu duquel la France exerce le protectorat sur les chrétiens du Levant et de la Chine et qui, outre de sérieux avantages commerciaux, assure le prestige de notre drapeau dans l’Orient. Un parti plus radical, exagérant des abus et des exactions, commis lors de la dernière campagne et imputables à certains agens politiques, couverts du masque de la religion, et au zèle ardent des néophytes plutôt qu’aux religieux, est allé jusqu’à accuser ceux-ci de s’être livrés, sous couleur d’indemnité due pour le pillage de leurs maisons, à de vrais actes de brigandage dans les villages Chinois et d’avoir abusé du concours de nos troupes pour exercer des représailles sanglantes sur des payens innocens.

Mais ce n’est pas seulement dans le camp des libres penseurs que les Missions ont des détracteurs, et elles en rencontrent de sérieux parmi les croyans de différente confession. Ceux-ci leur reprochent de tarir, au profit de l’« Apostolat des Gentils, » les sources de la libéralité des fidèles, en d’autres termes, de dépenser en faveur d’inconnus, de sauvages plus ou moins réfractaires à toute civilisation, des énergies et des ressources, qui pourraient être mieux employées à secourir nos compatriotes, victimes de la misère, et à éduquer ceux qu’on appelle assez dédaigneusement les « payens de l’intérieur. »

Il serait facile de réfuter ces accusations, parties de points si éloignés de l’horizon politique et religieux. Quant aux premiers griefs, Mgr Favier, le vaillant évêque de Pékin, a réduit à leur juste valeur ces imputations, si excessives qu’elles ressemblaient à de la calomnie. J’ajouterai, aux argumens qu’il a fait valoir, celui-ci : que les missionnaires catholiques ne sont pas les seuls Européens ayant été en contact avec les Chinois et qu’ils avaient même évangélisé la Chine depuis trois siècles, sans avoir provoqué aucun trouble. Mais, depuis que l’intérieur de cet empire a été ouvert aux étrangers, une foule de traitans et d’industriels de toute sorte y ont pénétré, qui se sont trouvés souvent en conflit d’intérêt et, chose plus grave, qui ont froissé les sentimens les plus légitimes des Chinois. Si tous les missionnaires ne sont pas des saints, il s’en faut de beaucoup que tous les coloniaux soient des anges. Donc, en bonne justice, il faudrait partager entre eux la responsabilité des troubles et examiner, dans chaque espèce, les griefs des indigènes, avant de condamner toute une corporation.

Aux adversaires croyans, on pourrait dire que la Mission étrangère, dans toute église animée d’une vie religieuse intense, est loin de nuire à la Mission intérieure. Ce sont les deux fonctions essentielles, corrélatives d’une foi vivante et expansive. Sans l’initiative de saint Paul, le christianisme serait resté confiné en Judée, à l’état de secte juive. Et c’est en vertu du même besoin d’expansion, du même sentiment de solidarité humaine, dont les apôtres primitifs étaient animés, que les missionnaires modernes vont prêcher la « bonne nouvelle » aux quatre coins du globe. Bien plus, par l’instruction religieuse, qu’ils donnent aux peuples sauvages ou à demi civilisés, ils trempent les ressorts de leur vie morale et préparent l’avènement d’une humanité meilleure, plus laborieuse et plus pacifique. Le jour où il n’y aurait plus de missions étrangères, les Eglises seraient bien malades. Rien, en effet, ne sert d’aliment plus tonique à la piété, rien ne stimule plus le zèle souvent refroidi des fidèles de la mère patrie, que les récits ou les rapports des missionnaires racontant les vertus, parfois les actions héroïques des néophytes payens. Qu’on se rappelle l’enthousiasme que les Lettres édifiantes et curieuses des Missions étrangères inspiraient aux catholiques français du XVIIIe siècle. Qu’on se souvienne que les « prêtres de la Mission » furent institués par saint Vincent de Paul pour prêcher dans nos campagnes de l’Est, désolées par la guerre, et que c’est par un développement naturel que l’œuvre des Lazaristes s’est étendue aux colonies françaises.

Or, on pourra discuter longtemps sur des questions de principe ; ce qui est indiscutable, ce sont les faits. Il nous a donc semblé que la meilleure apologie à opposer à ces accusations était de présenter les œuvres de la Mission étrangère. On reconnaît un arbre à ses fruits. Si les effets de l’apostolat sont bons et salutaires, on sera bien obligé de lui accorder quelque vertu. Sans doute aux yeux du croyant, pour qui toute âme humaine, fût-ce celle d’un Papou, a une valeur infinie, les effets moraux et religieux sont la chose essentielle et nous n’aurons garde de les passer sous silence. Mais, pour écarter tout soupçon d’intérêt de clocher, nous nous placerons ici au point de vue de la science et de la civilisation. Nous passerons d’abord en revue les services rendus par les missionnaires à la géographie, à la météorologie et à la linguistique. Ensuite, nous montrerons en quoi ils ont contribué au développement du caractère moral, des vertus de la famille et de l’adoucissement des mœurs, pour examiner, en terminant, si les missions n’ont pas, dans une large mesure, travaillé à l’affermissement et au prestige de notre empire colonial.


I

La guerre, le prosélytisme religieux et le commerce ont été, de l’aveu de tous les historiens de la géographie, les plus puissans mobiles de l’exploration du monde. S’il faut en croire Petermann, le célèbre géographe allemand, les chasseurs passionnés partageraient avec les missionnaires le mérite d’avoir été les pionniers les plus heureux dans l’Afrique centrale. N’oublions pas, surtout pour la France, nos officiers des armées de terre et de mer qui, depuis La Pérouse et Franklin jusqu’au colonel Flatters et au commandant Lamy, ont fourni leur gros contingent de martyrs à la cause de la science géographique. Mais, même en faisant très large la part qui revient aux officiers, chasseurs et traitans, celle des missionnaires est encore assez belle pour leur faire grand honneur. Ils sont en effet, en vertu de leur office, mieux placés que personne pour explorer un pays, observer les mœurs de ses habitans. Tandis que le chasseur, le soldat, le résident même, ne font que traverser, tout au plus passer quelques années dans la contrée, le prêtre colonial ou le missionnaire qui a voué sa vie à la conversion d’une tribu ou d’un peuple, y demeure dix, quinze et parfois vingt années, si le climat ne l’a pas moissonné avant l’âge. Pour peu qu’il ait des notions élémentaires de géométrie et d’astronomie, il peut relever les longitudes et latitudes d’un lieu, mesurer les altitudes au moyen du baromètre et, s’il n’est pas toujours en état de dresser lui-même la carte du pays, il fournit du moins les élémens nécessaires au géographe. On sait d’ailleurs qu’un certain nombre de missionnaires, surtout des Jésuites, ayant poussé fort loin l’étude des mathématiques, ont été des astronomes éminens, par exemple le P. Ricci, le P. Secchi. Les hommes du moyen âge ne soupçonnaient, en dehors de l’Europe, que deux continens : l’Asie et l’Afrique. C’est d’abord vers l’Asie, ce berceau du genre humain, que se sont tournés leurs regards curieux. Les croisades, en géographie comme dans d’autres domaines, éveillèrent l’esprit humain, engourdi pour ainsi dire par la laborieuse assimilation des barbares à la civilisation. Au XIIIe siècle, les défenseurs de la chrétienté d’Occident, un pape et un roi de France, préoccupés de refouler les Turcs Seldjoucides, cette nouvelle marée montante de barbares qui menaçaient de submerger l’Europe, imaginèrent, pour cela, de leur susciter des adversaires en Asie même ; et ils jetèrent les yeux sur les Mongols, dont la renommée terrible était parvenue jusqu’à eux. Or qui pouvait-on envoyer comme négociateurs dans ces régions lointaines et enveloppées de mystère ? Qui serait assez hardi pour entrer en rapport avec ces Khans, qui après chaque bataille ne faisaient point de quartier aux vaincus et élevaient, eu mémoire de leur victoire, une pyramide de têtes humaines ? Des moines seuls auraient assez d’abnégation pour risquer leur vie à pareille entreprise. Ce furent des Franciscains, conduits par Fr. Laurent de Portugal, et des Dominicains, sous la direction de frère Ascelin, qui se chargèrent de cette mission périlleuse. Deux d’entre eux, Giovanni del Pian Carpino (Du Plan Carpin) et Guillaume Rubruquis ont écrit de curieuses relations de leur voyage à la résidence du Grand Khan, qu’ils effectuèrent entre les années 1245 et 1254. Au siècle suivant un autre franciscain, Giovanni di Monte Corvino (1328), se rendant à cette même capitale, traversa la Perse et l’Inde, pour y parvenir. Il eut des successeurs et ce sont ces humbles disciples de saint François et de saint Dominique qui, par leurs récits et informations, ont frayé la voie à toutes les explorations ultérieures de l’Asie centrale au XIXe siècle. Ce sont des Lazaristes, qui se sont illustrés par les voyages les plus hardis et les plus fructueux pour la géographie et l’ethnographie. Qui ne connaît les ouvrages devenus classiques du P. Huc (en 1862), sur la Tartarie, le Thibet et la Chine ? Il a trouvé des émules dignes de lui dans le P. Armand David, un confrère, qui a fait et raconté trois voyages faits au Nord, à l’Ouest et au Centre de la Chine (1864-1876) dont les renseignemens ont permis de rectifier les cartes de ces régions ? Enfin, le P. Constant de Deken, missionnaire belge, fut le compagnon de M. Bonvalot dans sa mémorable traversée du plateau central et a écrit de son voyage une relation instructive (1894). Les succès obtenus par le Père Ricci (1582-1610) et les missionnaires jésuites en Chine attirèrent sur ce pays l’attention de Louis XIV, qui y envoya une mission française, composée des Pères Bouvet, Leconte, Tachard et Visdelou. Les récits de leur voyage marquent une étape décisive dans la connaissance de l’Empire du Milieu. C’est aussi à des missionnaires catholiques français que sont dues les meilleures descriptions du Thibet et des provinces limitrophes au S. -O. de la Chine.

Le Cambodge et la Cochinchine, à leur tour, furent étudiés par notre compatriote, Pigneau de Behaine, évêque d’Adran (1748-1799). C’est lui, incontestablement, qui par son courage et sa persévérance a fondé l’influence française en Indo-Chine : aussi est-ce avec raison que le gouvernement de la 3e République lui a élevé une statue à Saïgon (1902). C’est encore à un missionnaire français, Mgr Pallegoix, qu’on est redevable de la meilleure relation sur le Thaï ou royaume de Siam. Deux jésuites, les Pères Blank et Pinabelle, ont reconnu les fleuves du Tonkin, pour savoir jusqu’où ils étaient navigables ; le premier a fait la carte des frontières du Tonkin et du Thaï. Quant au Père S. Chevalier, ses beaux travaux hydrographiques, sur le bassin du fleuve Bleu, et les premières feuilles de sa carte au 1/25 000e de la province de Kiang-nan lui ont valu la médaille d’or de la Société de géographie de Paris (1898).

Mais le chef-d’œuvre des missionnaires catholiques français, en Extrême-Orient, est l’observatoire de Zi-ka-wei, fondé par les Pères jésuites Lelec et Colombel. Cet établissement a deux services, l’une pour l’astronomie, l’autre pour la météorologie. Le Père S. Chevalier et le Père Froc soutiennent dignement les traditions de leur illustre prédécesseur, Mathieu Ricci, qui avait été promu au rang d’astronome en chef du « Fils du Ciel. » La coupole pour les observations sidérales a été installée sur la colline de Zo-sé, par le Père de Beaurepaire, ancien élève de l’École polytechnique, elle est pourvue d’une lunette équatoriale, achetée aux frais des deux municipalités française et anglo-américaine de Chang-hai. Quant à l’observatoire météorologique, dirigé par le Père Dechevrens, il est aussi pourvu des appareils scientifiques les plus perfectionnés et du météorographe du Père Secchi. Relié par le télégraphe à Chang-haï et à quarante-deux stations météorologiques, l’observatoire de Zi-ka-wei reçoit deux fois par jour des indications barométriques et autres, qui lui permettent de dresser une carte météorologique de ces mers dangereuses. Il publie un bulletin mensuel. Mais ces observations n’ont pas un but purement scientifique, et au moyen d’un code de signaux, adopté par sir Robert Hart, le directeur général des douanes chinoises, cet établissement depuis 1898 avertit Chang-haï et les autres ports du Nord de la Chine et de la Mandchourie, de la marche des typhons et des tempêtes venant du Nord.

Marchant sur les traces de leurs émules catholiques, les missionnaires russes orthodoxes, dont le quartier général est à Pékin, ont aussi publié des relations de voyage précieuses. Mentionnons, entre autres, le livre de l’archimandrite Palladius, traduit en anglais sous ce titre : An expédition through Mandchuria, from Peking to Blagovestchensk (1870). Le protectorat sur la Mandchourie, récemment obtenu par la Russie, rendra les explorations dans ce pays moins périlleuses et provoquera sans doute de nouvelles études de la part des évangélistes pravoslaves.

Les évangélistes protestans, tard venus dans le champ de la mission payenne, puisqu’ils n’ont guère commencé qu’au XVIIIe siècle, n’ont pas encore pu fournir d’aussi importantes contributions à l’exploration du globe terrestre. Elles sont relatives surtout à la Palestine et aux régions voisines, à l’Arménie, à la Birmanie, à Sumatra et aux Iles de la Sonde. Citons en première ligne les ouvrages du Révérend Edward Robinson, sur la géographie de la Palestine (1838) et les notes de F. -W. Holland, missionnaire bâlois, sur la Péninsule du Sinaï (1856). Trois sociétés se sont formées pour continuer leurs investigations dans la Terre sainte ; une en Angleterre, sous le titre de Palestine exploration funds (depuis 1864, trimestriel) ; l’autre, en Allemagne, qui s’appelle Mittheilungen von dem Palestina Verein (depuis 1885), et enfin la troisième aux Etats-Unis : Palestine Exploration Society depuis 1871. Les deux premières, dans leurs bulletins illustrés ont publié des récits d’explorations géographiques ou de fouilles archéologiques, des estampages d’inscriptions, et ont réussi à identifier un grand nombre de localités citées par la Bible avec des villages ou des ruines actuels. A l’autre extrémité de l’Asie, les agens des missions américaines, néerlandaises et allemandes exploraient à l’envi les îles de Bornéo et de Sumatra. Ce sont des missionnaires hollandais, qui ont les premiers exploré la région de « Minehassa » dans l’île Célèbes ; Tomlin a obtenu les éloges de Petermann pour sa description des îles Bali et Samba.

Tel est, pour l’Asie, le bilan des services rendus par les missionnaires à l’exploration de ce continent. Passons maintenant à l’Afrique.

Les missionnaires catholiques y suivirent de près les navigateurs et les conquérans portugais. Ils s’attaquèrent d’abord au Nord-Est, puis à la côte occidentale et aux îles qui flanquent la côte Est, qui sont comme les avant-postes de l’Afrique sur la route des Indes orientales. Le Père Balthazar Tellez a recueilli dans son Historia general de Ethiopia (1660) les plus anciennes descriptions de l’Abyssinie, faites par des missionnaires ; quelques-unes remontent au milieu du XVIe siècle. C’est le Père Paëz qui a découvert et décrit les sources de l’Abaïoun (fleuve Bleu). L’exploration de l’Abyssinie a été continuée par des religieux français et italiens ; citons entre autres celle du Harrar, par le Père Taurin Cahagne, supérieur des missions catholiques d’Afrique ; celle du pays des Bogos et du Habab, par le Franciscain G. Sapeto ; et, enfin, le voyage au pays des Gallas et des Somalis, et aux îles Seychelles par le Père Léon des Avanchers (1850-1857). C’est un missionnaire italien, devenu cardinal Massaja, qui a donné la description la plus complète de la Haute-Ethiopie.

D’autre part, des Franciscains Carli (de Plaisance), Antonio de Cavazzi et A. Zucchelli ont donné les premières relations exactes sur le Congo (1654-1704). Leurs travaux furent continués par le Père Charles Duparquet, à qui ses belles explorations du Damaraland et des bassins du Counéne et du Zaïre ont valu d’être nommé correspondant de notre Muséum d’Histoire naturelle.

Au Sud-Est, le Père Terœrde et autres missionnaires Jésuites exploraient méthodiquement le bassin inférieur du Zambèze et la côte orientale jusqu’au cap de Bonne-Espérance. Au Nord-Est, c’est sur la région des Lacs et sur Madagascar que les missionnaires français ont porté leurs efforts. Mentionnons les explorations du Père Coulbois sur le Tanganyika ; du Père Schynze sur les pays à l’Ouest du Victoria-Nyanza ; et de Mgr Augouard sur l’Oubanghi. Les Lazaristes au XVIIe siècle, et puis, après une interruption de près de deux siècles, les Jésuites concentraient leurs travaux apostoliques et géographiques sur Madagascar, comme s’ils avaient dès lors pressenti que cette île magnifique et fertile serait un jour conquise par la France. Le Père Roblet avait donné déjà une carte de Madagascar au 4 000 000e de la première de ces provinces (1894). Les mêmes Jésuites qui, décidément, ont la vocation d’astronomes, ont établi à Ambohidempana un observatoire météorologique, qui a été construit avec le concours pécuniaire de la reine Ranavalo (1889). Le Père Colin, qui le dirige, grâce à des observations recueillies, tant par lui que par ses collaborateurs laïques ou ecclésiastiques sur divers points, a pu depuis dix années, publier les comptes rendus de l’état météorologique de Madagascar.

Les missionnaires protestans, venus sur le continent noir, près de trois siècles après les Franciscains et les Lazaristes, ont su rattraper le temps perdu par leur activité et grâce aux ressources considérables mises à leur disposition par les Sociétés anglaise, allemande et américaine. Le docteur Philipps, inspecteur de la Société des missions de Londres, secondé par de hardis chasseurs indigènes, explora le premier la région au Nord de la colonie du Cap, le bassin du fleuve Orange et le Transvaal ; mais lui, du moins, en vrai disciple du Christ, allait y chercher autre chose que des mines d’or. C’est lui qui recommanda en 1829 aux directeurs de la Société des Missions évangéliques de Paris le Lessouto, à l’orient de l’Etat d’Orange. Déjà un autre district de la colonie du Cap avait été peuplé par d’anciens réfugiés huguenots, et appelé le Coin français. Cette indication fut précieuse, car comme alors les évangélistes protestans ne pouvaient se rendre dans les colonies françaises, exclusivement réservées par le gouvernement de Charles X aux missions catholiques, ils trouvèrent là un champ d’activité favorable. Ce pays, en effet, grâce à son climat tempéré qui l’a fait surnommer la Suisse africaine, était salubre et propre à l’introduction de cultures françaises. Le pasteur Eugène Casalis et ses dignes collaborateurs, MM. Arbousset et Jacottet, ont, pour leur part, contribué à faire connaître ce pays par leurs rapports. Le premier a publié un livre intitulé : les Bassoutos, ou vingt-trois ans de séjour et d’observation au Sud de l’Afrique (1860). A son tour, le docteur Wangemann, inspecteur de la Mission évangélique de Berlin, donnait une description complète du pays des Cafres, dans deux ouvrages très bien documentés.

Ce furent aussi des missionnaires allemands, J. Ehrhardt, J. Rebmann et L. Krapf, mais cette fois au service de la Société de Londres, qui explorèrent avec succès le Choa, l’Ouzoumba et la région des Grands lacs. Les deux premiers découvrirent, le 11 mai 1848, les cimes neigeuses du Kenia et du Kilimandjaro, et par des rapports du plus haut intérêt, provoquèrent, de la part de la Société de géographie de Londres l’envoi des capitaines Burton et Speke. Ce dernier a décerné au pasteur Rebmann le titre de « promoteur de la découverte des sources du Nil. » De son côté, Th. Wakefield, missionnaire méthodiste, avait reconnu la région des sources du Nil blanc. Plus au Sud, l’arrière-pays de Zanzibar et le Bas-Zambèze étaient sillonnés par les agens de la Mission des Universités anglaises ; entre autres le révérend Mac Donald ; enfin, c’est un pasteur français, M. Coillard, qui, depuis quinze ans, a exploré la région du Haut-Zambèze et y a planté le drapeau de la civilisation. La grande île africaine était aussi l’objet des investigations des Anglais et des Norvégiens. John Sibree (de la Mission de Londres) a publié le meilleur ouvrage, après celui de M. Grandidier, sur la géographie et l’ethnographie de Madagascar et nous devons à deux pasteurs norvégiens, MM. Borchgrevink et Lars Dahle, des études de topographie remarquables sur les provinces d’Imerina et du Betsilco.

Mais tous ces travaux, si méritans qu’ils soient, pâlissent devant ceux de David Livingstone. Rien ne saurait mieux démontrer l’utilité des Missions pour la géographie, que l’énoncé de ses découvertes. Rendons d’abord hommage à son beau-père, le révérend Moffat, qui, d’après les critiques les plus compétens, a frayé la voie à Livingstone. Les voyages du révérend Moffat aux pays des Namas et des Baïlapis, son long séjour à Kourouman, ses visites à Mosilikatse furent fertiles en résultats ; dans ses rapports souvent accompagnés d’une carte, il a rectifié et complété les renseignemens des missionnaires portugais. Quant à son gendre, il faudrait des volumes pour enregistrer toutes ses explorations. Voici les principales. Sa découverte d’un grand fleuve sortant du lac Nyassa (16 septembre 1859) ; la reconnaissance de l’extrémité du lac Tanganyika (1867) et celle du Bangweolo (1868) marquent les étapes de la conquête du continent noir. Et pourtant cet explorateur de génie écrivait modestement dans un de ses rapports : « La fin de l’exploration géographique n’est que le commencement de l’œuvre missionnaire. » Il aurait pu ajouter que la prédication de l’Evangile à ces populations, décimées par la traite et opprimées par des tyrans sanguinaires, était inséparable de la rédemption des esclaves. Personne, on le verra plus loin, n’a dénoncé et combattu plus énergiquement cet abominable trafic de chair humaine. L’action de Livingstone dans l’Afrique du XIXe siècle nous rappelle, à beaucoup d’égards, celle de Las Casas, l’apôtre et le protecteur des Indiens dans l’Amérique espagnole, trois siècles plus tôt. Tous deux, bien que fils de deux races et ministres de deux églises différentes, savaient que le salut d’une âme immortelle a plus d’importance que la conquête de tous les trésors d’un monde nouveau. Tous deux joignaient à la pitié des grands cœurs pour les opprimés l’intelligence des vraies conditions de la prospérité coloniale. Tous deux enfin, dénoncés, calomniés et persécutés par les avides traitans et les « conquistadores » impitoyables, et à peine soutenus par leurs souverains, ont été salués du titre de bienfaiteurs de l’humanité par la postérité reconnaissante.

On sait que le projet de chercher à l’Ouest un plus court chemin pour aller aux Indes, présenté par Christophe Colomb au Conseil royal de Castillo, fut agréé par Isabelle la Catholique, à condition que les habitans des terres nouvelles, s’il en découvrait, fussent agrégés à l’Eglise. Et Alexandre VI, dans la bulle du 3 mai 1493 par laquelle il traça la ligne de démarcation entre les possessions espagnoles et portugaises du Nouveau Monde, imposa formellement aux deux rois de la Péninsule le devoir d’y faire prêcher l’Évangile. On ne s’étonnera donc pas de voir les missionnaires catholiques, dans le nouveau comme dans l’ancien monde, s’avancer sur les traces des marins, des soldats et des colons espagnols et portugais.

Et pourtant la plus ancienne relation qu’on ait sur l’Amérique du Sud est d’un ministre protestant.

Voici comment cela s’explique. L’amiral Coligny encouragea l’expédition de Villegagnon, qui avait offert de conduire au Brésil une troupe de colons huguenots, dans l’espoir de leur procurer un asile, où ils pourraient exercer leur culte en sûreté (1555). Ce furent ces émigrans, pour cause de liberté de conscience, qui arborèrent les premiers le drapeau de la France sur la terre d’Amérique, et l’île Coligny, où ils avaient bâti un fort à l’embouchure du Rio de Janeiro et qui subsiste encore, est le monument de cet essai de colonisation. Dès l’année suivante, ils adressèrent à l’amiral et à l’église de Genève des lettres demandant « des ministres et de pieux laïques pour prêcher l’Evangile à eux-mêmes et aux Indiens. » En réponse à cette demande, un deuxième convoi d’une vingtaine d’émigrans partit en septembre 1556 pour le Brésil, conduit par Ph. de Corguilleray, seigneur du Pont, et emmenant un ministre de vingt-deux ans, le sieur De Léry. Malheureusement, la discorde se mit dans la colonie naissante et le jeune pasteur, après mille tribulations, dut revenir en France au bout de trois ans. Du moins, son voyage ne fut pas stérile au point de vue géographique et il a consigné ses observations, aussi exactes que naïves, sur les « mœurs et façons de vivre estranges des sauvages brésiliens et sur plusieurs animaux, poissons difformes, arbres, herbes, etc., » dans un livre intitulé : Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, dite Amérique (La Rochelle, 1578).

Cependant le Brésil, le Pérou, le Mexique se couvraient de villes et devenaient des colonies florissantes, sous l’impulsion des souverains de la Péninsule. Mais, au fur et à mesure que les villes de la côte et les campagnes se peuplaient, il fallait procurer aux nouveaux émigrans des territoires à exploiter. De là des colonnes d’exploration, envoyées par les gouvernemens espagnol et portugais, dans le « Hinterland » et qui étaient d’ordinaire accompagnées de prêtres. C’est ainsi que, le vice-roi de Quito en ayant dirigé une dans le bassin du fleuve des Amazones (1639), le Père Cristoval d’Acuña, missionnaire portugais qui la suivit, a pu consigner les premières données exactes sur ce fleuve magnifique, dans un ouvrage imprimé deux ans après et qui est devenu rarissime : Nuevo descubrimiento del gran rio de las Amazonas (Madrid, 1641). Plus tard, la province de l’Equateur fut visitée par le franciscain Jodoce Rixi, qui y introduisit la graine de froment et, par là, quintupla la production agricole de ce pays. Après la reprise de la Guyane française sur les Hollandais par d’Estrées, des missionnaires catholiques vinrent s’y établir ; le Père Lombard (décembre 1676) fonda une station à l’embouchure de la rivière Kourou, et d’autres se répartirent la vallée de l’Oyapok. Les récits de ces religieux, les Pères Lombard, Pelkprat, Grillet, publiés à Paris, 1857, ont fourni à nos géographes et aussi à nos ingénieurs des mines un contingent précieux d’informations.

La géographie de l’Amérique du Nord doit plus encore aux travaux des missionnaires, et surtout, des catholiques français. Les missions des Jésuites au Canada sont les plus connues, parce qu’ils ont eu soin d’envoyer régulièrement à Paris des relations qui furent publiées au fur et à mesure ; mais leurs précurseurs, les Récollets, moins brillans qu’eux, ont eu d’autant plus de mérite qu’ils ont fait le travail ingrat de pionniers. Ces moines, qui forment une branche de l’ordre de Saint-François, accompagnèrent Champlain, dès 1615, dans ses voyages d’exploration du fleuve Saint-Laurent. On doit au Père Sagard, récollet, une description exacte du pays et des mœurs des Hurons et des Iroquois. Le Père Sixte Le Tac, son confrère, a laissé une Histoire de la Nouvelle France au Canada, de 1504 à 1632. Mais le plus célèbre est le Père Louis Hennepin, l’apôtre infatigable des Peaux-Rouges, qui suivit Cavelier de La Salle et La Motte dans leur voyage aux chutes du Niagara et dans la vallée du Saint-Laurent, et a composé une curieuse Description de la Louisiane (1683).

Les Jésuites, envoyés en 1634 par le duc de Montmorency, président de « la Compagnie des Cent Associés, » supplantèrent les Récollets et établirent leur quartier général à Québec, dans leur maison consacrée à « Notre-Dame des Anges. » Bientôt, sous l’intelligente direction du Père Lejeune, ils étendirent leurs missions sur tout le territoire du Canada. C’est au cours d’un voyage d’évangélisation que le Père Jogues découvrit le lac Georges qui eût mérité de garder son nom, si le pays n’avait pas été conquis par les Anglais. Ce missionnaire, après avoir été pris et atrocement mutilé par les Iroquois, réussit à s’échapper et à parvenir en France, où il fit le récit de ses voyages. Les relations historiques et géographiques du Père Charlevoix (1720) sont une mine d’informations précieuses pour la connaissance du pays des Indiens. Mais l’éclat de tous ces noms est éclipsé par celui du Père Marquette. C’est lui, en effet, qui, ayant accompagné Louis Joliet, chargé par le gouverneur du Canada de reconnaître l’existence du grand fleuve, aperçu une première fois par Nicollet et de Soto, eut la gloire de découvrir pour la deuxième fois le Mississipi (1673). Il mourut deux ans après, épuisé de fatigue et de privations, au lieu où se dresse aujourd’hui Chicago, la florissante capitale de l’Ouest américain. Ses restes, pieusement recueillis par des néophytes Indiens, furent ramenés à la chapelle Saint-Ignace, de Michilimackinak, sur le rivage du lac Michigan, où ils furent ensevelis et où ils sont l’objet de la vénération des Américains. La mémoire de ces héroïques pionniers Jésuites n’est pas éteinte là-bas : plusieurs villes : Détroit, Sault-Sainte-Marie, Saint-Ignace portent encore le nom des stations fondées par eux. En 1893, à l’Exposition de Chicago, au fronton de la porte d’entrée, qui donnait sur le lac Michigan, on lisait ces mots : « Aux hommes hardis, qui, au prix de mille dangers, ont découvert le Nouveau Monde et inauguré la civilisation dans ce pays. » Entre les noms des chefs des colonies puritaines, les Roger Williams et les John Eliot, ce n’est pas sans un mouvement d’orgueil patriotique, que j’ai lu les noms des Champlain et des La Salle, des Pères Hennepin et Marquette.

Il y a, au Nord-Ouest de l’Amérique du Nord, une grande terre désolée qui se perd dans les glaces et les frimas du pôle arctique, au point qu’on ne saurait dire si elle forme une île ou si elle se rattache par un isthme au continent. C’est le Groenland, découvert par des navigateurs islandais, puis colonisé par les Norvégiens, qui y embrassèrent le christianisme et fondèrent des églises (983-1000). Or, par suite de la grande peste qui désola le Nord de l’Europe au XIVe siècle et du peu de profit que les rois de Norvège tiraient de cette colonie, toutes relations cessèrent alors avec la mère patrie. Depuis le XVIe siècle, on fit quelques tentatives pour la retrouver, mais en vain. Il était réservé à un modeste pasteur de deux petites paroisses de Norvège de retrouver le chemin du Groenland. Lisant, un soir d’hiver, un livre latin qui avait paru quelques années avant, la Groenlandia antiqua, par Thormodour Torfesen (Copenhague, 1706), où l’auteur avait recueilli tout ce qu’on pouvait trouver de documens sur cette colonie abandonnée et presque oubliée, Hans Egede, pasteur de Waagen et Gimsö, fut ému de pitié, à la pensée que des centaines, peut-être des milliers de ses compatriotes vivaient encore là-bas, dans la misère de l’esclavage et retombés dans le paganisme. Cette pensée l’étreignait comme un remords ; après huit années de démarches infructueuses auprès des marchands de Bergen, il se décida à renoncer à sa cure (1718) et se rendit à Copenhague, pour exposer son projet au roi Frédéric IV. Il réussit à le lui faire agréer, à obtenir une subvention du gouvernement et il partit lui-même, le 3 mai 1721 avec la flottille, qui, au bout d’un voyage pénible de huit semaines, retrouva le Groenland. Hans Egede y fonda la première ville « Godhaab » et y évangélisa les Esquimaux pendant quatorze années. Son œuvre fut continuée par son fils Paul, son petit-fils Egede Saaby et par les Moraves.

Dans la dernière connue des parties du monde, en Océanie, les missionnaires catholiques et protestans ont tenté de jeter un peu de lumière sur ces archipels aux milliers d’îles, Comme enveloppés dans la brume du mystère. Le continent australien a été sillonné par les excursions missionnaires du P. Ullathorne, catholique anglais (depuis 1837-1838) et par l’Américain protestant Georges Taplin. Si les îles Carolines doivent leurs premières investigations à des Jésuites, ce sont des Wesleyens qui ont ajouté à la connaissance des îles Fidji. Tandis que le chapelain anglican S. Marsden et le Révérend Taylor ont donné les meilleures informations sur la Nouvelle-Zélande et les Maoris, les Pères de Picpus et les Pères Maristes, Pompallier, L. Maigret et Mgr Douarre ont attaché leurs noms à l’exploration des îles Marquises, Gambier et à la colonisation de la Nouvelle-Calédonie.

Le révérend John Williams, surnommé à bon droit l’apôtre des mers du Sud, après avoir découvert Rarotonga et évangélisé les îles Hervey, a scellé de son sang sa carrière apostolique, ayant été massacré par les Indiens d’Erromanga (20 novembre 1839). C’est à deux missionnaires, W. Ellis (en 1872) et Arbousset, (en 1877), qu’on est redevable des meilleurs précis sur les îles Hawaï (Sandwich) et Taïti. Enfin, en Nouvelle-Guinée, dans cette grande île peuplée d’anthropophages, au Nord de l’Australie, tandis que les missionnaires protestans W. Lawes et J. Chalmers relevaient soigneusement les contours de l’île, les Pères Verius et Couppé pénétraient à l’intérieur, à travers mille dangers, et révélaient aux géographes l’existence du fleuve Païmono, qu’ils baptisèrent du nom de Saint-Joseph (1885-1890). D’après tous ces détails on voit que l’ardeur exploratrice des missionnaires ne s’est pas ralentie et que l’histoire des découvertes en Océanie est inséparable de celle de leurs travaux apostoliques.


II

Après la géographie et les sciences annexes, c’est la linguistique qui est le plus redevable aux Missions étrangères. Car la connaissance des idiomes, parlés par les peuples les plus divers et l’emploi des signes d’écriture sont les conditions mêmes d’une propagande universelle. Et ce n’est pas seulement des langues littéraires que les missionnaires ont dû apprendre, comme celles des Hindous ou des Chinois, mais lorsqu’ils arrivèrent chez des peuples non civilisés, il leur fallut démêler à grand’peine le chaos des sons étranges qui frappaient leur oreille, en deviner le sens et reconnaître la syntaxe des phrases, puis en fixer les sons par l’écriture et formuler les règles de la grammaire. C’est ainsi que jadis Ulphilas, l’apôtre des Goths, et Cyrille, l’apôtre des Slaves, ont composé les alphabets gothique et vieux slavon. Un travail d’invention analogue s’est imposé aux évangélistes des races Polynésiennes, des Peaux-Rouges et des nègres d’Afrique ou de Malaisie, qui n’avaient point de signes d’écriture. Ils ont d’abord essayé de transcrire les mots de la langue indigène en caractères latins ou arabes ; mais, comme il y avait dans plusieurs de ces idiomes des sons qui n’existent ni en des langues européennes ni en arabe, il a fallu soit inventer des signes nouveaux en modifiant les lettres romaines, soit créer des caractères syllabiques. Ainsi le zèle de ces modernes apôtres a obtenu de la Providence, comme un renouvellement du miracle de la Pentecôte, le don des langues. Mais, dira-t-on, le latin, qui est obligatoire pour tout prêtre catholique romain, ne pouvait-il suffire et servir de langue universelle ? Oui, sans doute, il est suffisant pour la liturgie ; mais, il reste le catéchisme, et c’est l’essentiel dans l’œuvre missionnaire. Il faut traduire le Credo, le Pater, le Décalogue aux indigènes, pour les leur expliquer et faire apprendre par cœur. D’ailleurs, outre l’instruction religieuse il y a encore l’éducation morale et professionnelle, c’est-à-dire l’œuvre civilisatrice, pour laquelle on ne peut se passer de la langue vulgaire.

L’Asie fut le berceau des races indo-européennes et a été de tout temps un grand laboratoire d’idiomes. Les quatre grandes familles linguistiques, qui se partagent ce continent : la chinoise, la touranienne, l’aryenne et la sémitique, ont exercé tour à tour la patience et la sagacité des missionnaires.

Commençons par la première qui, à cause de son type monosyllabique, est de beaucoup la plus difficile et sans doute la plus ancienne. Les Pères Jésuites qui, depuis le XVIe siècle, formèrent à Pékin l’avant-garde des missions catholiques, ont naturellement appris le chinois ; le Père Ricci et ses successeurs, astronomes en chef, s’entretenaient avec l’Empereur et ses ministres en dialecte mandarin. Ils ont établi à Tou-se-Wei une imprimerie orientale, d’où sont sortis le dictionnaire de Perny et le Cursus litteraturæ Sinicæ, du Père Zottoli, et ils publient chaque année un recueil de littérature et d’histoire sous le titre : Variétés sinologiques (1879-1880).

Les missionnaires protestans, qui ne sont guère arrivés en Chine que vers 1807, ont marché sur leurs traces. Les Allemands Gützlaff (mort en 1851) et le docteur Faber (en 1901), se sont fait une réputation méritée, le premier par sa grammaire et son dictionnaire chinois, et le second par sa belle Introduction à la science des religions chinoises (1879).

Mais tous deux ont été surpassés par le docteur James Legge, missionnaire écossais qui, tout en exerçant son ministère à Hong-Kong, pendant trente années (1843-1873), employa si bien ses loisirs à étudier la langue, les mœurs et les religions chinoises, qu’il devint un sinologue de premier ordre. En 1875, sa belle carrière apostolique reçut une double couronne : il fut appelé comme professeur de chinois à l’Université d’Oxford et notre Académie des Inscriptions lui décerna le prix Stanislas Julien, pour sa traduction des classiques chinois, avec le texte original en regard (Hong-Kong, vingt-huit volumes de 1841 à 1852). Un baptiste américain, le docteur Fr. Merson (mort en 1874), a étudié la langue et les mœurs des Karens (Bas-Iraouaddy) et des habitans du Pégou (Birmanie anglaise), qui parlent des dialectes indo-chinois. Quant à la langue siamoise, elle a été dotée d’un dictionnaire par Mgr Pallegoix, cité plus haut, et la thibétaine doit au Père Desgodins un dictionnaire thibétain-latin-français, sorti des presses des Missions étrangères à Hong-Kong.

On donne le nom de touranienne à cette famille de langues, dont le berceau est l’Asie centrale, mais dont le domaine s’étend du Thibet septentrional jusqu’en Sibérie, et du plateau central de l’Inde au Japon. C’est à cette famille qu’appartiennent les idiomes dravidiens, parlés par les aborigènes de l’Hindoustan, qui, deux mille ans avant notre ère, furent conquis par les Aryas On doit à Ziegenbalg (mort en 1719), missionnaire allemand dans la colonie danoise de Tranquebar, les premières études sur le malabar et le tamoul. Sa version du Nouveau-Testament en tamoul est encore estimée. L’un de ses successeurs, Schultze, a continué et achevé celle de l’Ancien-Testament, dans le même idiome et Fabricius, missionnaire de la même Société, a doté de toute une littérature chrétienne, cette langue, parlée aujourd’hui encore par près de 100 millions d’âmes.

Dans la partie de l’Asie, qui est sous la domination ottomane, les Capucins et les Jésuites étaient amenés par le service des Missions (étrangères à étudier le turc, l’arabe et le persan. Les premiers avaient établi à Péra (faubourg de Constantinople), les seconds à Smyrne, un séminaire pour l’instruction des futurs agens de propagande. C’est avec leur concours que le grand ministre, qui donna la plus vigoureuse impulsion à notre mouvement colonial, fonda l’institution des Jeunes de langue. « Dorénavant, dit un arrêt du Conseil de commerce du 18 novembre 1669, les drogmans et interprètes dans les échelles du Levant, résidant à Constantinople, ne pourront s’immiscer à la fonction de leur emploi, s’ils ne sont Français de nation. » Ainsi parlait Colbert et l’arrêt complémentaire de l’année suivante, décida que « chaque année seront envoyés aux échelles du Levant, six jeunes garçons de neuf à dix ans, qui voudraient volontairement y aller et iceux réunis dans le couvent des Capucins de Constantinople et de Smyrne, pour y être élevés dans la religion catholique, apostolique et romaine et à la connaissance des langues, en sorte qu’on pût s’en servir avec le temps pour interprètes desdites langues. » Louis XIV envoya dès lors dans ces deux villes de jeunes Français doués d’aptitudes linguistiques, mais, comme les vocations devenaient de plus en plus rares, le roi, après des négociations avec la Compagnie de Jésus, institua au collège Louis-le-Grand, douze bourses, pour douze enfans Arméniens et autres Levantins qu’on élèverait dans la religion catholique et seraient destinés à aider nos missionnaires en Orient. L’institution subit une nouvelle modification en 1720 : elle fut laïcisée par Louis XV, qui supprima la destination missionnaire et attribua les bourses à des enfans de huit ans environ, issus de famille française habitant « le royaume ou les échelles du Levant et y exerçant le négoce ou le drogmanat. » En conséquence, un maître de langues turque et arabe fut attaché audit collège. Un préfet des études était spécialement chargé de la « Chambre des enfans ou jeunes de langue, » qui jouissait des faveurs de la Cour et du ministre, et furent l’objet de la sollicitude des Pères Jésuites, depuis 1700 jusqu’à 1763, époque de l’abolition de leur ordre en France.

Cette école a fourni à la France plusieurs drogmans et orientalistes distingués, par exemple J. Claude Galland (le jeune) et Cardonne (le jeune), qui d’élève devint professeur à ce collège (1757). C’est cette institution qui, transformée par la Révolution, a donné naissance à l’Ecole actuelle des langues orientales vivantes.

Les Lazaristes ne restaient pas en arrière des Capucins et des Jésuites : ils fondèrent près de Constantinople le collège de Bebek, où l’on enseignait aux futurs « prêtres de la Mission » les langues orientales. A cette école entrait comme novice, le 25 janvier 1849, un homme de quarante ans, qui devait illustrer la Compagnie. Eugène Bore, né à Angers, ancien disciple et ami de Lamennais, après avoir vu s’évanouir le rêve des fondateurs de l’Avenir, était parti pour l’Orient. Chargé d’une mission archéologique par notre Académie des Inscriptions, il commença par des recherches en Arménie et en Perse, puis à Mossoul, et ses travaux lui valurent d’être élu en 1842 membre correspondant, en remplacement de M. de Saulcy. Mais, au contact des Lazaristes, Bore avait senti naître sa vocation de missionnaire et aurait voulu prendre l’habit. Sur les conseils du Père Leleu, il demeura laïque et contribua à fonder les écoles catholiques françaises à Tauris, à Djoulfa, à Téhéran. Retiré en 1843, dans la maison de Saint-Benoist, ordonné prêtre en 1849, puis nommé supérieur, il dirigea renseignement des langues orientales au collège de Bebek (1859-1874) et, comme couronnement de sa double carrière d’orientaliste et de missionnaire, fut élu supérieur général des prêtres de la Mission et des Filles de la charité (1874-1878).

Les langues aryennes, qui sont parlées par la population de race blanche de l’Inde ont fait aussi l’objet des études des missionnaires et les ont amenés à poser les bases de la philologie comparée. Le Père Robert de Nobili (1577-1656), qui a passé quarante années de sa vie à évangéliser les indigènes des royaumes de Madoura et de Maïssour, avait appris le bengali, le malabar, le tamoul et le sanscrit. Il avait composé une vie de la Vierge Marie en vers tamouls et on lui a attribué la rédaction de l’Ezour Védam.

Il était réservé à un autre membre de sa compagnie, le P. Cœurdoux, missionnaire à Pondichéry, de faire une découverte linguistique d’une bien autre portée. L’abbé Barthélémy, l’helléniste bien connu par son Voyage du jeune Anacharsis, lui avait écrit, en 1767, pour le prier de composer une grammaire et un dictionnaire de la langue sanscrite. En répondant à l’académicien, le Père jésuite lui posait à son tour une question, le priant de la soumettre à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : « D’où vient, disait-il, que la langue sanskroutane a tant de mots communs avec la langue grecque et surtout avec le latin ? » Et à l’appui, il joignait quatre listes de mots et de flexions grammaticales. Il y avait là une révélation sur la parenté de la langue mère des dialectes hindous avec nos langues de l’Europe. La note du P. Cœurdoux fut lue à l’Académie en 1768 ; mais, comme l’a dit M. Michel Bréal, l’Académie n’avait plus alors de Fréret dans son sein, et, par malheur, la note fut transmise à Anquetil Duperron, qui se méfiait des recherches grammaticales et qui la laissa dormir dans ses cartons ; elle ne fut publiée qu’après sa mort (1808). Entre temps, William Jones avait lu, dans une séance publique de la Société asiatique de Calcutta, son mémoire affirmant la parenté des langues de l’Europe et de l’Inde. Et voilà comment la gloire de cette découverte, capitale pour l’avenir de la science du langage, et faite par un Français, échappa à la France.

C’est un baptiste anglais, W. Carey (en 1834), missionnaire au Bengale, qui a eu le mérite décomposer la première grammaire sanscrite (1806) ; une autre de la langue mahratte (1811) et d’avoir fait la première version de la Bible en bengali (1795-1811). Ces travaux paraîtront d’autant plus extraordinaires, qu’il n’y avait pas été préparé par une éducation classique : la vocation missionnaire s’empara de lui, quand il était cordonnier à Olney. Les missionnaires anglais de la Société de Londres et surtout les Allemands de l’Institut de Bâ e, ont continué ces nobles exemples et enrichi les différens dialectes de l’Hindoustan de traductions de tout ou partie des Saintes Ecritures. La famille des langues sémitiques, qui a aussi son berceau en Asie et comprend notamment l’hébreu, le syriaque et l’arabe, ne pouvait échapper aux investigations des modernes évangélistes. Qui n’a entendu parler de l’Université de Beyrouth, fondée par les Jésuites et qui rend entre autres de si grands services aux études médicales en Syrie ? Les Pères y ont organisé un enseignement des langues orientales, et annexé une bibliothèque riche en manuscrits anciens, et une imprimerie, d’où sortent des éditions de grammaires, dictionnaires, et de classiques arabes et syriaques qui, au dire des hommes compétens, ont une réelle valeur scientifique. Il faut mentionner hors de pair les éditions d’auteurs arabes du P. Cheiko, l’édition de la plus ancienne version syriaque des œuvres de saint Grégoire de Naziance par les PP. Bollig et Gismondi. Enfin, les Dominicains n’ont pas voulu rester en arrière et ils ont fondé en 1890 l’École biblique de Saint-Etienne à Jérusalem. Là, dans un asile de paix, on étudie, sous la direction de savans orientalistes dont le premier fut Mathieu Lecomte, l’archéologie biblique et les langues orientales, nécessaires à l’interprétation des textes originaux ou des anciennes versions des Saintes Ecritures : l’hébreu, le chaldéen et le syriaque. C’est le lieu de mentionner les travaux du P. Scheil sur les cylindres babyloniens. Son plus beau titre de gloire c’est d’avoir déchiffré, le Code d’Hammourabi (1902).

Les langues sémitiques forment le trait d’union entre l’Asie et l’Afrique, car elles ont été portées jadis par les conquérans et le sont aujourd’hui par les marchands arabes, dans toutes les parties de l’Afrique, où s’est propagé l’Islam. D’ailleurs, ce sont des idiomes parens que l’on parle en Egypte, en Nubie et en Abyssinie. Commençons par ceux-ci :

Lepsius, le savant égyptologue, a traduit l’Evangile de Saint-Marc en dialecte fadidja pour les Nubiens et d’autres ont transcrit l’antique version copte des Psaumes et des Evangiles en caractères arabes à l’usage des Coptes. Quant à l’Abyssinie, ce sont les missionnaires allemands déjà cités, Isenberg et Krapf, qui ont inauguré les travaux linguistiques en composant une grammaire et un vocabulaire des langues amhara, danakil et galla (1839-1842). Leurs successeurs anglais et américains ont, avec le concours de la Société biblique de Londres, fait des versions de la Bible en amhara, des quatre Evangiles en tigré et en falacha et de Saint-Marc, à l’usage des Juifs de Kara (près Metamné).

Mais ce n’est que dans une minime fraction de ce continent qu’on parle des idiomes sémitiques ; la presque-totalité est peuplée par des noirs, appartenant à cinq grandes races, subdivisées en plusieurs centaines de famille, et parlant 438 langues et 153 dialectes différens. Qu’on ajoute à cela certaines contrées, telle que la Côte de Sierra-Leone et Libéria, habitées par un ramassis de nègres, descendans d’aïeux transportés il y a des siècles comme esclaves en Amérique, qu’on n’a pu rapatrier dans leur tribu d’origine, et qui parlent un dialecte mêlé de vingt patois différens, et l’on se représentera les difficultés inouïes que cet immense clavier de langues présentait aux virtuoses de la Mission. Eh bien ! ils ne se sont pas laissé décourager : catholiques et protestans, de toute nationalité, se sont mis bravement à étudier ces idiomes d’autant plus difficiles, qu’ils étaient à l’état de devenir, qu’il a fallu en préciser les flexions, et que, sauf un seul, ils n’avaient point d’alphabet. Les uns ont dû d’abord adapter l’alphabet latin ou arabe à ces langues et, comme on la dit, inventer de nouveaux signes phonétiques ou syllabiques pour des sons propres à telle ou telle tribu. Ensuite, ils se sont mis, à l’envi, à traduire les Evangiles, les Psaumes, la liturgie, parfois la Bible entière en langue vulgaire. Aidés, enfin, par la Propagande romaine ou par la Société biblique britannique et étrangère, ils ont fait imprimer et vendre à bon marché ces livres de prières et ces textes sacrés.

En présence du grand nombre des travaux philologiques, composés par des missionnaires sur les langues de l’Afrique, nous renverrons aux Polyglottes africaines du docteur Cust, du docteur Kœller et nous nous contenterons de citer les suivans. Les dialectes des nègres du Congo ont été étudiés par les Pères Autunès, Bonnefoux et Lecomte, dont les travaux ont été imprimés par la typographie des Pères du Saint-Esprit à Counéné (Congo). Ce sont les Pères Jésuites qui ont fait les meilleurs livres sur les idiomes de Madagascar, par exemple la grammaire malgache des Pères Ailloud et Caussèque, et le dictionnaire français-malgache et malgache-français des Pères Malzac, Abinal et Callet. Quant aux versions des Ecritures, ce sont surtout les missionnaires protestans qui s’en sont occupés ; la Société biblique britannique et étrangère n’en a pas publié moins de quatre-vingts, et il y en a certainement beaucoup d’autres qui sont encore manuscrites. Nous citerons, entre autres, la Bible entière en sé-souto (langue des Bassoutos), traduite par MM. Arbousset, Casalis et Mabille, la Bible entière en malgache, les quatre Evangiles en mandingue (transcrits en lettres arabes), les Evangiles de Saint-Marc et Saint-Jean, en kaoussa par le Rév. Robinson (transcrits en arabe), les Evangiles et la Genèse en berbère (en lettres arabes, sous presse), le Nouveau Testament en langue kabyle (transcrit en caractères latins).

Nous serons brefs pour les travaux linguistiques des missionnaires en Amérique et en Océanie, parce que la démonstration de notre thèse doit être à peu près faite pour nos lecteurs et que, d’ailleurs, la population aborigène de ces deux continens décroît si rapidement devant le flot envahisseur des émigrans, de race blanche, qu’on peut prévoir son extinction, sauf dans les pays où se fait le croisement des deux races. Mais l’œuvre des évangélistes n’en est que plus admirable, puisqu’ils ont conscience de ne pas travailler pour un long avenir.

On sait que les langues de l’Amérique du Nord se partagent en deux groupes très différens : celles des Esquimaux, qui habitent le Groenland, le Labrador et l’Alaska et celles des Peaux-Rouges. Le premier a exercé la sagacité de Hans Egede qui retrouva le Groenland. A l’aide de son fils Paul et du morave Albert Top, il a traduit le Nouveau Testament en esquimau-groenlandais, l’œuvre a été continuée par les missionnaires moraves et aujourd’hui une grande partie de l’Ancien Testament est traduite et imprimée. La Bible entière a été traduite par des Moraves, en esquimau du Labrador et mise en caractères latins.

On sait que John Eliot, l’apôtre des Peaux-Rouges de la Nouvelle-Angleterre, avait traduit (en 16S9) le Nouveau Testament dans le dialecte des Indiens campés sur les rives du fleuve Charles ; la version fut imprimée à New-Cambridge (1661-1663), mais la tribu à laquelle elle était destinée a aujourd’hui disparu. Piqué d’émulation, le morave D. Zeisberger, qui a consacré cinquante années à l’évangélisation des Peaux-Rouges de l’Ohio et du Susquehannah, a fait un vocabulaire de la langue iroquoise et du dialecte des Indiens Delaware, qui ont été imprimés. Il avait aussi composé une harmonie des Evangiles en delaware, qui est encore inédite.

Ce sont les missionnaires catholiques, surtout des Dominicains (le P. Pedro) et des Spiritains (Brunetti) qui ont étudié les langues du Mexique et de l’Amérique du Sud. La Société biblique de Londres a imprimé toute ou partie de la Bible en vingt-cinq langues américaines ; mentionnons, par curiosité, une version de Saint-Marc dans le patois français parlé par les nègres de Saint-Domingue, de Sainte-Lucie, Grenade et la Trinité ; celle du Nouveau Testament et surtout de l’Ancien dans le dialecte mic-mac parlé par les Indiens de la Nouvelle-Ecosse, et enfin les quatre Evangiles, dans le dialecte des Iroquois de la province de Québec.

En Océanie, ce sont des missionnaires catholiques français, Maristes ou Pères de Picpus, qui se sont distingués dans l’apprentissage de ces langues polynésiennes, aussi variées que difficiles à prononcer. On cite les études du Père Maigret sur le dialecte des Iles Sandwich (Hawaï, 1824-30) et celle de Mgr Janssen et du P. Lemoing sur la grammaire et la langue tahitienne. De son côté, le Rév. S. Coolsma, missionnaire hollandais, étudiait et classait les langues parlées dans l’archipel de la Sonde. Les missionnaires allemands et anglais ne sont pas restés en arrière et ont traduit tout ou partie des Saintes Ecritures, et leurs versions ont été ensuite imprimées par les soins et aux frais de la Société biblique de Londres. Elle n’a pas publié moins de quarante-six versions de la Bible, en langues australiennes ou polynésiennes ; parmi lesquelles nous signalerons le Nouveau Testament en « motou » (Nouvelle-Guinée), par le Rév. Law ; Saint-Mathieu, Luc et les Actes, en « erromanga, » par le Rév. Gordon ; et la Bible entière en langue tahitienne.

Après cet exposé succinct des travaux des missionnaires en géographie et en linguistique, nous espérons que tout lecteur impartial reconnaîtra que ces imitateurs de l’Apôtre des Gentils, sans être tous comme lui de grands théologiens, ne sont du moins ni des ignorans, ni des ennemis du progrès, ainsi que se plaisent à le dire les libres penseurs. Mais, ce serait tomber dans l’extrême opposé que de vouloir faire d’eux des émules de Savorgnan de Brazza ou de Stanley et des collaborateurs assidus de nos sociétés savantes. Ces études de langues ne sont que l’accessoire, et, comme disait Livingstone « la fin de l’exploration n’est que le commencement de l’œuvre missionnaire, » dont le but essentiel est le salut des âmes. Le vrai missionnaire sait qu’il est, avant tout, un messager de paix et de bonne nouvelle, envoyé par Dieu vers ces pauvres idolâtres, en proie à la terreur du sorcier et à l’horreur des guerres perpétuelles entre tribus, et il doit concentrer tous ses efforts sur leur rédemption morale et sociale. En les menant à l’école de Jésus-Christ, il aidera puissamment à l’éducation morale de l’individu, au relèvement et au resserrement du lien conjugal et familial, enfin au progrès de la vie sociale et de l’humanité. C’est ce qu’il nous reste à montrer.

GASTON BONET-MAURY.

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