via persee

Löwy Michael, Garcia-Ruiz Jesús. Les Sources françaises du christianisme de la libération au Brésil / The French Sources of Liberation Christianity in Brazil. In: Archives de sciences sociales des religions, n°97, 1997. Religion et politique en Amérique Latine / Religion and Politics in Latin America pp. 9-32.

www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1997_num_97_1_1120

Télécharger cet article au format PDF


Plan

Introduction
Les origines
Jacques Maritain et Amoroso Lima
Amoroso Lima: de Jacques Maritain au père Lebret
Le mouvement Économie et Humanisme et le père Lebret
Le socialisme personnaliste d’emmanuel mounier
L’ordre des dominicains, Congar, Chenu, Cardonnel, les prêtres ouvriers
Le Marx de Jean-Yves Calvez
La réinterprétation bresilienne de la culture catholique française: la radicalisation 1959-1962

a) L’invention d’une nouvelle pensée par la « gauche chrétienne »
b) Le rôle moteur de la JUC brésilienne
Conclusion: la theologie de la liberation


RÉSUMÉ

La rénovation intellectuelle du catholicisme brésilien a été marquée par la pensée catholique française. Trois courants ont eu une influence notable: le conservatisme contre-révolutionnaire des intellectuels de l’Action Française, la perspective démocratique et sociale de l' »Humanisme intégral » de J. Maritain qui influence l’apparition des Démocrates Chrétiens en Amérique latine et la pensée sociale et révolutionnaire de la gauche catholique représentée par Mounier, Lebret, les dominicains, Y. Calvez, etc.
Ces courants sont intégrés par des hommes comme Alceu Amoroso Lima et par de nombreux intellectuels catholiques brésiliens qui ont engendré des mouvements sociaux et politiques chrétiens originaux : la Jeunesse Universitaire Catholique, la Jeunesse Ouvrière Catholique, le mouvement « développementiste » de Dom Helder Camara, etc.
De nombreuses idées et de nombreuses institutions qui sont à l’origine de la « théologie de la libération » proviennent de ces mouvements, en particulier de la Jeunesse Universitaire Catholique. Il y a donc bien une continuité indéniable entre la pensée catholique française, la « gauche chrétienne » brésilienne et la « théologie de la libération ».


Introduction

 (traitement ocr)


La théologie de la libération surgit au Brésil au début des années 70 avec les travaux de Hugo Assmann Leonardo Boff et autres. Il agit comme le soulignent les théologiens eux-mêmes une réflexion sur une pratique sociale bien antérieure est en effet au début des années 60 que commence apparaître abord au sein de la Jeunesse Universitaire Chrétienne et ensuite dans autres secteurs de église un courant novateur désigné époque comme gauche chrétienne qui va introduire une fa on profondément originale de voir juger et agir est cette expérience qui va se poursuivre dans des conditions difficiles sous le régime militaire établi en 1964 qui servira inspiration et de point de départ pour la théologie de la libération

En fait ce que on désigne comme théologie de la libération ou église des pauvres est en réalité un vaste mouvement social et culturel qui déborde largement des frontières de la théologie et même de église comme institution Nous proposons de désigner comme Christianisme de la libération ce mouvement qui englobe des organisations étudiantes et ouvrières de Action catholique des pastorales populaires des mouvements éducation de base des communautés de base des mouvements syndicaux et paysans des théologiens des experts laïques des religieux et religieuses des prêtres et même des évêques et cardinaux un mouvement dont influence se fait sentir sur toute la vie sociale et politique du pays depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui. En 1994 il fournit encore une bonne partie de ses activistes et sympathisants la Centrale Unique des Travailleurs CUT) au Parti des Travailleurs PT) au Mouvement des Paysans Sans Terre MST) la Centrale des Mouvements Populaires et beaucoup autres mouvements sociaux.

Le christianisme de la libération est un mouvement latino-américain mais le pays où son influence culturelle et sociale est la plus vaste et profonde est sans doute le Brésil. Il existe plus de communautés ecclésiales de base au Brésil que dans le reste du continent et dans aucun autre pays il est arrivé que la majorité de la Conférence des évêques manifeste de façon prudente sa sympathie pour ce mouvement Cette différence est le produit de diverses causes historiques dont une des plus importantes est notre avis le lien privilégié entre les églises catholiques française et brésilienne. Tandis que dans le reste de Amérique latine les églises locales dépendaient des églises espagnole et italienne celle du Brésil qui ne peut pas recevoir une aide suffisante du Portugal est progressivement liée partir du XIXe siècle, à l’église français.

Or la France est depuis la fin du XIXe siècle un pays où se développe au sein du catholicisme un courant critique anticapitaliste attiré par le socialisme qui va de Charles Péguy la CFDT des années 60 en passant par Emmanuel Mounier les Chrétiens Révolutionnaires du Front Populaire, Témoignage Chrétien la revue Esprit la JE et la JUC etc. Dans les années 50 on trouve une très grande effervescence dans l’église française qui voit apparaître les courants théologiques conduisant au Concile Vatican II (Henri de Lubac Yves Congar Christian Duquoc) ainsi que autres tendances sensibilité sociale comme les prêtres ouvriers ou Économie et Humanisme. Rien de comparable (sauf exception) en Espagne ou en Italie ! Il est donc pas étonnant que l’église latino-américaine la plus proche du catholicisme français soit aussi celle qui connaît la plus grande ouverture et la plus grande radicalisation.

La plupart des travaux publiés – au Brésil ou aux USA – sur l’évolution religieuse et politique du catholicisme brésilien au cours des années 50 et 60 reconnaît l’importance des sources françaises dans ce processus. Par exemple selon Thomas Bruneau auteur nord-américain un ouvrage bien connu sur la transformation politique de église brésilienne Action catholique et la JUC étaient guidées par un groupe jeune et très progressiste de membres du clergé dont la plupart avaient été eduques en Europe Ce groupe inclut des figures comme le père Henrique Vaz le père Luis Sena le père Emery sic Bezerra les religieux Carlos Josaphat et Mateus Rocha et le Fran ais Thomas Cardonnel ils étaient les prêtres les plus actifs et les plus avancés du Brésil ce moment Grâce eux ont été introduites dans le mouvement les lignes avancées de la théologie européenne surtout fran aise associée aux noms de Louis Joseph Lebrel Emmanuel Mounier M.D Chenu Henri de Lubac etc l)

Cependant, jusqu’ici il n’existe, à notre connaissance, aucune étude spécifique sur le rôle de ces sources françaises dans le tournant de l’Action catholique brésilienne Le présent article est un premier coup de sonde assez partiel et fragmentaire dans ce vaste domaine qui devrait être suivi par des travaux plus détaillés et systématiques.

Examiner attentivement cette connexion franco-brésilienne ne signifie pas que on veuille expliquer la radicalisation du catholicisme brésilien du début des années 60 par influence de église française Comme le soulignait éminent sociologue de la culture Lucien Goldmann, l’ influence n’explique rien: au contraire elle doit être elle-même expliquée par certaines conditions sociales et historiques qui déterminent un choix Les Brésiliens ont pour ainsi dire choisi leurs sources sélectionné leurs références en intéressant de préférence pour les manifestations les plus radicales et souvent les plus hétérodoxes du catholicisme français Tout mouvement social et culturel invente une certaine fa on ses sources son origine ses prophètes et ses inspirateurs et les ré-interprète en fonction de ses besoins il fallait résumer en une phrase élément commun des diverses manifestations catholiques françaises qui seront largement utilisées au Brésil ce moment là ce serait une critique éthico/religieuse du capitalisme comme système intrinsèquement pervers Bien sûr ces textes français ont été lus et discutés que par une avant-garde intellectuelle au sein du catholicisme brésilien les étudiants de la JUC et leurs aumôniers) les dominicains quelques autres prêtres religieux et intellectuels laïcs ainsi un petit nombre évêques Mais cette avant- garde exerçait grâce l’Action catholique le Mouvement d’Éducation de Base et autres mouvements chrétiens laïques une influence sociale non négligeable.

On peut situer le moment de gestation de ce christianisme radical au Brésil la fin des années 50 Mais quel été le rôle de la culture catholique française dans ce processus Paradoxalement origine est-à-dire de la fin du XIXe siècle aux années 50 influence de cette culture au Brésil joué plutôt dans le sens conservateur. Dans un deuxième moment avec Maritain et son disciple brésilien Alceu Amoroso Lima ce sera au profit de la sensibilité démocrate-chrétienne Ce est partir de 1955 que opère un tournant avec influence de Lebret et de Mounier conduisant essor de la gauche chrétienne brésilienne Examinons brièvement quelques moments de ce processus de fermentation culturelle et politico-religieuse

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :